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Au commencement, il y avait la boue gelée...

Le jour se lève sur la forêt de Crécy, le bitume de la route forestière est blanchi par le froid.
Le panneau indique l'entrée de Mortcerf. Vraiment sympa comme patelin, il n'a pas changé d'un pouce depuis l'an dernier. En banlieue il suffit de ne pas passer à un endroit pendant quelques semaines pour se retrouver complètement perdu dans les rond-points et les carrefours aménagés. Mais ici, tout est calme, serein, stable. C'est la campagne.
Tiens un tracteur qui passe, il doit y avoir des cultures plus loin.
Le parking de la gare est désert. C'est normal je suis en avance.
J'en profite pour observer les alentours. Une micheline rouge orangée passe en faisant sonner le passage à niveau, un vieil homme en robe de chambre ouvre les volets de son pavillon, on entend un coq qui annonce les premiers rayons de soleil.

Roger et Thibault arrivent tout de suite, Thibault en avance c'est un évènement. Ses premières paroles sont "La vache on se les gèle ce matin !", et le voilà qui pose son postérieur sur le capot de ma béhème en poussant un "Haaaaaa" de soulagement à peine exagéré.

Voici Hervé, puis Marc. On déballe les vélos en soufflant de l'air chaud sur nos doigts engourdis.
Vivement qu'on parte, le soleil cogne et risque de faire fondre la gadoue.
Justement voici mon biniou cellulaire qui bidibidipe sur l'air de "monte là d'ssus", et la voix empâtée de Jeff qui bredouille des tas d'excuses, style Lafourche.
"Je m'suis pas réveillé, j'suis en pyjama, Guillaume et Laurent vont bientôt arriver, attendez-moi j'arrive dans 10 minutes".

Bref une heure plus tard nous pouvions enfin partir pédaler sur les chemins encore gelés, se demandant pourquoi Pascal "E.T." Granjean n'avait pas pu nous rejoindre alors qu'il l'avait promis.
Mais qui voyons nous arriver à vélo ?!? Pascal lui-même, en personne !
L'espace d'un instant j'ai vraiment cru que ce fou du guidon était venu jusqu'à Mortcerf à vélo. Mais tout de même, Saint-Quentin-en-Yvelines, c'est vraiment loin.
Il nous rassure : il s'était garé à la Mairie, pensant que le rendez-vous se trouvait là.

Et Dieu créa la boue qui dégèle au soleil



Départ dans la joie sur un terrain bien cassant car durci par le gel. On commence les boutades et les railleries, comme d'habitude.
Je profite de la première pose pour appliquer à ma manière la loi des vases communicants, le tuyau du camelbak dans le bec et le bigoudi blagueur qui déverse le trop-plein dans un champ.

Hervé a vraiment un don pour trouver les plus beaux coins d'Ile-de-France. L'an dernier, sa rando Ermenonville avait été la plus belle de l'année. Le paysage de Mortcerf, aussi différent soit-il, n'en est pas moins magnifique.

Descentes pierreuses, champs valonnés, forêts denses ou claires, le parcours est très varié.
Nous croisons des chevaux de race qui galopent dans les prés, la crinière flottante, les naseaux fumants dans le froid.
Nous rencontrons aussi des chasseurs qui tentent tant bien que mal de se cacher derrière des arbres moins bedonnants qu'eux.






Thibault profite d'un pneu sous-gonflé pour nous donner une nouvelle leçon de gonflage sans cartouches de CO2.
Juste après nous entamons une descente très sympa au cours de laquelle Guillaume perd tous ses outils.
Alors on remonte la côte, Roger se poste avec sa boite à coucou en plein virage, et zou voici les belles photos des héros en pleine action.

Et puis, c'est le drame : On croise quelques randonneurs à VTT, perdus semble-t-il. Un peu en retrait, une jeune donzelle pousse en ahanant un spad hors d'âge. Notre Thibault, désirant montrer à la belle ce qu'un vélo jaune peut faire dans les ornieres, en profite pour nous gratifier d'une sortie de chemin de toute beauté, avec atterrissage dans le ruisseau, au fond d'un fossé, et amortissement du choc par la méthode dite des "élasto-joyeuses". Crise de rire, au point que même les dindons accourrus en connaisseurs se marent encore. (cette phrase c'est signé Hervé, j'espère que vous l'aviez remarqué).
Bilan : quelques petites égratignures, mais Thibault a eu chaud aux claouis.

Le soleil est maintenant bien haut dans le ciel, et le terrain devient terriblement collant.
Les spads, qui étaient encore propres à la mi-rando, commencent à accumuler les blocs de gadoue.
Roger peine, il descend de vélo, et finit de monter la côte à pied : c'est la crampe.

Un passage magnifique, rocailleux, en montée, avec un ruisseau qui bruisse sur le bord du chemin, puis nous arrivons face à une "réclame" pour de l'engrais, avec la photo en gros plan d'un paysan particulièrement jovial sous son rustique chapeau.

Le groupe se scinde en deux sur la fin, et les plus fatigués rentrent par la route.
Sur les chemins, ça devient carrément dur d'avancer, la gadoue a complètement retrouvé ses capacités gluantes, je finis par me vautrer violemment sur le côté gauche. Le choc est rude, je suis un peu estourbi, ça m'a coupé le souffle d'un coup.
Bon on repart, avec un seul bras parce que l'épaule gauche n'encaisse plus bien les chocs du terrain.
Hervé décide de shunter les derniers kilomètres par la route.

Ah gadoue, quand tu nous tiens

Quand je suis parti au volant de mon bolide "the trouducul touch", j'ai eu le plaisir de croiser les handicapés du jet d'eau, qui avaient choisi de brosser la gadoue au lavoir du village plutôt que dans la baignoire de leur appart'.
Je ne sais pas comment ils s'en sont débrouillés, mais chez moi, avec un gros jet d'eau j'ai passé deux heures à retirer les tonnes de gadoue qui s'étaient accumulées dans les moindres recoins de mon spad.
Et encore je n'ai pas fignolé, c'était juste histoire d'enlever la gadoue.

Bref, Mortcerf c'est un super plan en pleine sécheresse ou par des températures franchement négatives.
Entre les deux... on dira que c'est bon pour la peau.

Serge Hartmann

Photographie : Roger Adrien

© 1997 © 2002 Les Frappadingues