Il est 21 heures pétantes, je suis juste sous la tour Eiffel en train de coller une rustine sur un trou causé par un bout de verre, lorsque les Frappadingues se pointent tous en même temps.
Pour l'occasion, les vélos sont ornés de boules et de guirlandes de Noël.
Paris aussi a revêtu son habit de Noël, les arbres sont décorés de guirlandes d'ampoules, les avenues sont traversées par des bannières lumineuses, c'est vraiment très beau.

Incoyable, tout le monde est à l'heure (sauf Lafourche, il est-il encore besoin de le préciser ?).
Nous sommes gâtés, trois charmantes frappées nous accompagnent, dont Sylvie la courageuse, qui sort tout juste de convalescence.
Jacques se pointe avec du champagne et des gateaux secs, et nous improvisons une petite fête sous le regard ébahi des touristes.
Un groupe de jeunes nous demande de chanter "joyeux anniversaire" à une inconnue aux yeux bandés qui chante comme une baleine.

On se compte : 24 Frappadingues !
Un record pour un PBN.

21h30, le cortège sautille sur le pont d'Iéna, puis contourne le palais de Chaillot.
Prise de bec avec un jeune frimeur en GTI, qui se retrouve malgré lui encerclé par des vélos.
Hop, direction la place de l'étoile. Un tour de la place ne nous suffit pas, on recommence, puis encore un peu plus vite, puis sur l'intérieur, puis carrément sur la place, en passant les barrières. Un gardien tente vainement de lutter contre l'invasion des deux douzaines de fous furieux que nous sommes.
Nous prenons la fuite par Wagram, filons sur la place Clichy, et entamons l'ascencion de la butte Montmartre.

La place du tertre brille de mille lumières.
Un côté de la place est occupé par un enclos dans lequel de petits chalets ont été construits sous des sapins, l'endroit idéal pour prendre des photos qui vont faire baver les grenoblois.
Des touristes, sortis d'un restaurant, entonnent la chanson de Montand "à bicyclette", repris en choeur par les Frappadingues.
L'ambiance monte, les flashs crépitent, nous repartons sous les applaudissements, nous sommes des stars.

Les sueurs froides commencent : nous voici arrêtés, hésitants, tout juste en haut des grandes marches qui font face à la basilique du Sacré-Coeur.
Le jeu consiste à descendre toutes les marches sur le vélo.
"Facile", dirons certains. Le problème c'est que les marches sont courtes, et que la pente est raide.
Et surtout, on n'a pas de place pour s'arrêter à l'arrivée : on arrive pile dans la rue qui passe en dessous du Sacré-Coeur.
La séance dure un bon moment. A force d'hésitations, presque toute la troupe descend les marches, un par un.
Sur le bord des marches, la foule se fait de plus en plus dense, tout le monde nous regarde en espérant que l'un de nous va se prendre un gadin.
Et c'est Samir qui leur offre ce spectacle. Le seul qui ne portait pas de casque. Et il a fallu qu'il tombe pile sur la tête, contre une voiture garée là...Ca aurait pu très mal tourner.
Le propriétaire de la voiture se dépèche de récupérer son tas de ferraille.
La séance de marches se termine lorsque je manque d'emboutir un panier à salades qui passait par là juste au mauvais moment. "Ho vous êtes sur que c'est autorisé ce que vous faites, les jeunes ?".

Nous voici repartis par le versant nord-est de la butte. Nous dépassons le car de flics et grillons un feu juste sous leur nez. Ils devaient avoir les naseaux fumants. C'est à ce moment que nous nous apercevons que Samir a perdu sa selle dans la descente.
Nous repartons sur Barbès, passons devant le grand Rex, admirons les vitrines des Galeries Lafayette, contournons l'Opéra.
A cet endroit, un motard a vu ses convictions basculer lorsqu'il s'est aperçu que la moto qui le dépassait avait des pédales à la place du moteur. Il n'en est pas encore revenu, la preuve on ne l'a plus jamais revu.

Devant la colonne Vendôme, deux poulets montaient la garde.
Pas pour longtemps, car nous allions rapidement les employer à nous prendre en photos. Notre photographe en képi a été très sympa, et surtout très patient.
Nous remontons sous une pluie fine jusquà la concorde, malheureusement les lumières des Champs-Elysées ont été éteintes trop tôt (ou bien c'est nous qui sommes passés trop tard, question de point de vue).

Nous rejoignons le Grand Louvre, nous amusons un bon moment sur les marches d'escaliers, puis repartons par la rue Saint Honoré.
Au bout, c'est la taverne Sous-Bock. La pluie fine se transforme en averse.

Difficile de faire admettre au garçon du Sous-Bock qu'il n'est pas question pour nous de nous installer dedans, car tous nos vélos sont entassés sur le trottoir et que nous ne voulons pas les quitter des yeux une seule seconde.
On finit par se mettre d'accord, nous obtenons des chaises supplémentaires.
Le vent se lève, l'averse tourne à la grosse saucée, nous nous serrons sous le paravent troué, il fait un froid de canard, on tape nos chaussures par terre en rythme pour se réchauffer.
Il faut durement se batailler pour passer notre commande. On a soif, on a faim, et on veut surtout manger bien chaud.
Mais quel bonheur d'être tous réunis.
François part dans des récits délirants de voyages en avions de ligne (il est stewart), on se raconte nos meilleures blagues, on bouffe des frites, on boit de bonnes bières bien mousseuses, et les passants nous prennent pour des cinglés.

Le temps passe vite, il est déjà l'heure de se séparer. Les conditions météo ne s'arrangent pas, la pluie commence à nous détremper, nous voici repartis au pied de la tour Eiffel, où il n'y a plus personne à cette heure tardive.
Mouillés, oui, mais heureux.
On recommencera bientôt, c'est promis.


Rédaction : Serge Hartmann
Photographies : Jean-Christophe Quentin
Circuit : Thibault Biron

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