Les Frappadingues-harengs bouillaient...

7h00 ! Le réveil me tire brutalement de mes rêveries dans lesquelles il était question d'un Cannondale Raven en or massif avec lequel je pourrissais toute la troupe dans un passage trialisant, après 2 heures de montée ininterrompue, dans les hautes alpes. Triste retour à la réalité s'il en est, en fait de Raven, mon Dkt m'attendait sagement dans le couloir, la zone de trial se résumait à enjamber mes chaussures à l'entrée de la cuisine, et les hautes alpes à ma petite meulière de banlieue...

Une bonne douche et un petit déjeuner frugal plus tard, il est grand temps d'embarquer pour le fin fond des Yvelines : c'est aujourd'hui une sortie frappadingue particulière puisqu'elles seront là, avec nous. "Elles", ce sont les femmes et compagnes de ma bande de vttistes préférée. En effet, cette sortie, unique dans nos annales encore bien fraîches, à été savamment concoctée par notre ami Pascal Pigot en pensant expressément à épargner leur joli derrière par un parcours doux, sans trop de difficultés et d'une longueur modérée. La randonnée serait prolongée par un picnic familial sur les bords d'un lac aux eaux d'émeraude. Rendez-vous à la maison forestière du lac de l'Étang de la Tour à 9 heures.

J'enfourne vélo et matériel d'usage dans la petite seat de Jeff et démarre à l'heure prévue. Tiens, c'est vrai, j'avais oublié de souligner un détail passablement important : ma chère épouse et notre descendance m'ayant lâchement abandonné hier à mon triste sort de travailleur parisien, je m'étais retrouvé sans moyen de locomotion.

Un appel au secours sur la liste des frappés plus tard, Jean-François Souquière, en grand seigneur, me proposait de venir prendre sa propre voiture chez lui, moyennant l'ingurgitation d'un apéro en bonne et due forme, me permettant ainsi de ne pas avoir à affronter les RERs, trains et autres dispositifs de téléportation lutéciens bien pratiques pour se rendre au bureau, mais terriblement inadaptés à l'accompagnement d'un vélo.
Qui plus est chargé d'un modeste sac à dos empli de victuailles, gloselles diverses, chaussettes exclusivement à la norme SSL (couche de chaussettes de sécurité), outils, chambres à air, rustines, arache-moyeux, tord-boyaux, presse cuvettes, presse-bytes, clés à cônes, dérive-chaîne, creuse-tenons, sculpte-mortaises, embourbe-le-petit, serre-joints, poulets-frites, jouis-en-rosace, bandes d'arrêts d'urgence, gaines termo-rétractables Pleytex, pilou-pilou, colliers anti-puces, marteau-piqueur, épiques-épeiche et colégramme et tous les autres objets évidemment nécessaires au randonneur prévoyant une matinée réussie en pleine nature.

Passée l'épreuve qui consiste à prendre successivement quelques verres d'un délicueux rhum guadloupéen en faisant semblant de rien et en compagnie de charmants natifs du massif central, j'avais donc profité de précieuses (vu l'apéro) minutes de sommeil imprévues au programme initial. Ainsi l'esprit frappeur avait encore... frappé. Quelle confiance, quelle gentillesse de ta part Jeff de m'avoir rendu ce service !
Sans compter que passer un début de soirée en chaleureuse compagnie, avec des spécimens si authentiques et représentatifs de note beau pays, est un plaisir que je recommande, en tant que médecin bénévole (si, si), à tous les neurasténiques de la terre ! La gentillesse, dans un jardin de banlieue tranquille, est une fleur aussi rare que l'Edelweiss, mais dès lors qu'on l'a respirée, on a le coeur en fête, c'est le 14 juillet tous les jours :-)

Notre liste de discussion, ce média dédié aux rencontres de gens si différents et pourtant si proches, venait de prouver à l'univers ébahi que l'entraide, la sincérité sont des valeurs sûres et surtout encore en pleine vigueur de nos jours, ici dans la parfois austère agglomération parisienne.

Après un trajet sans encombre, les franciliens semblant avoir soit déserté la capitale pour des cieux plus arides, soit préférant rester encore quelques minutes dans les bras de Morphée, j'aperçois un panneau à ma droite indiquant "l'Étang de la Tour". Demi tour au frein à main, sous vos applaudissements (mais 'faut pas le dire à Jeff). Parking sous un arbre. Déjà, à 8h35, un cycliste attend sagement que le reste des troupes arrive. Nous engageons la conversation : il a lu le calendrier sur le net, et, n'ayant rien de mieux à faire, s'est décidé à tenter le trajet pour connaître d'un peu plus près ces étranges Frappadingues dont on parle de toutes parts. Nous jacassons, préparons les vélos. 9h00. Bizarre, toujours personne au rendez-vous. Je tiens à vous dire que je l'aurais eue amère si je m'étais aventuré jusque là par les transports en communs !

9h30. Après avoir quelque peu étudié la carte que le nouveau venu avait eu la sagesse d'amener avec lui, nous nous décidons, la mort dans l'âme, pour une randonnée en duo à travers l'admirable forêt qui nous ceint de son exquise fraîcheur chlorophylée. Par acquis de conscience, je jette un oeil vers l'autre bout du lac, et là, qu'est-ce que j'aperçois au loin ? Des cyclistes ! Allons voir de plus près et vérifier s'ils ne se seraient pas **tous** gourés, par hasard !

Bien sûr, ce sont eux. Ils sont là, les infernaux, femmes et enfant (un seul à osé affronter le ciel bleu de ce beau matin de juillet) sur leurs montures encore brillantes. Accueil, serrage de francforts, rigolades. Nous partons rapidement vers de nouvelles aventures.

La photo du départ des 17 frappadingues
De gauche à droite, les 17 Frappadingues du jour : Serge, Charles, Qian, Le RV, Siwan, Sandrine, et là 4 nouveaux de la semaine
à nous rejoindre : Pierre, Daniel, Michael, Fabrice, Catherine, Mat, Laurent, Xavier, Benji qui n'avait pas vu les arbres dans l'axe et...
mon vélo tout seul vu que je suis de l'autre côté de l'appareil.

Le parcours s'avère assez roulant. C'est, en effet, une large allée forestière qui fait office de hors d'oeuvre. Nous la quittons vite pour une petite piste mono-trace qui serpente entre arbres, fossés et racines. Un arrêt après le premier kilomètre permet de regrouper les impatients et les tranquilles du mollet. Au moment de repartir, misère : l'un de nous a cassé son serrage de tige de selle. La troupe se mobilise pour chercher quelle pièce de son propre spad permettrait de pallier au cruel manque. Faut reconnaître que 30 bornes en danseuse, ça forge le caractère, c'est vrai, mais pour une rando cool, ça fatigue un peu son homme aussi ! Autant dire que personne ne se dévoue pour prêter son propre mécanisme, sachant que nous n'avons parcouru qu'un trentième du trajet...

Après des essais aussi divers que variés - rilsans coincés entre le tube de selle et son emmanchement, passés en force à l'aide de tout le poids de Mathieu - un boulon, muni de l'écrou idoine finit par tomber d'un cadre pour venir astucieusement pallier la désolante panne. Re-départ.

Au kilomètre 2, une grande clameur dans la futaie alerte les premiers : un nouvel arrêt s'impose. Quelques brèves minutes d'attente nous permettent d'apprendre que, outre casser son matos dès le départ, le copain (désolé, camarade, je n'ai pas le souvenir des noms et encore moins la capacité à les associer aux visages :-) avait perdu son embout de sac à boisson sur le sentier. Rebroussage du layon, trouvage de l'embout farceur, puis re-re-départ. Cette fois, hormis les pauses destinées à rassembler les troupes, nous ferons chemin sereinement, sans casse ni incident !

Un fait notable est que Laurent Merat est venu avec sa compagne, mais qu'ils n'ont à eux deux qu'un seul vélo. Non, ce n'est pas du bike and run, bien que Laurent en soit friant, mais bien avec un tandem qu'ils ont pris part à notre promenade ! Et bien sur, il vient un moment où les regards envieux des participants se font plus pressants : "dis, je peux l'essayer ton tandem ?". Tant et si bien que Serge et Mathieu tentent le coup à l'orée d'une légère descente.

Rires de l'assemblée au démarrage totalement désynchronisé. Éclats de rires quand on constate que le stoker (l'aveugle assis à l'arrière) étant assis trop bas a toutes les peines du monde à pédaler, laissant traîner ses échalas sur le sol, alors que Serge se démène pour tenter de diriger l'attelage en dehors des ornières !

Après quelques décamètres durant lesquels le cadre, pourtant en alu surdimentionné, se tortille dangereusement (suivant la méthode dite "l'ombilic"), il faut se rendre à l'évidence : ces deux-là ne sont pas appariés, au grand soulagement de Qian...
Sous le regard inquiet de Laurent, un changement de place n'apporte pas plus de résultats probants; Serge déserte donc sa place au profit de Sandrine. Là, miracle, tout semble se passer pour le mieux et le curieux ensemble progresse de façon à peu près efficace, sinon élégante !

Le bike & run version 2 places assises avec Mat à la course

Plus loin, Xavier viendra remplacer Mat' avec le même bonheur : il faut croire que Sandrine est le stocker idéal :-)

Le chemin se déroule sous nos tétines, allure tranquille, sous-bois d'un calme olympien, température plus que clémente : cette forêt de Rambouillet est un enchantement pour les sens.

Aux environs du 11ème kilomètre, les forces de quelques unes de nos accompagnatrices commencent à les quitter. Nous avons peut-être présumé de leur novice aptitude à suivre sans broncher leurs hommes dans certains passages un peu délicats pour leurs mollets encore faiblement aguerris. Le groupe se scinde en deux portions inégales : la première, acharnée poursuivra l'itinéraire initialement prévu alors que la seconde, plus timorée, retournera vers les autos prendre un repos bien mérité. Afin de ne pas le laisser seul avec quelques prototypes du sexe faible, qui savent parfois se montrer de redoutables panthères, j'accompagne courageusement Serge, son fiston et ces dames sur le chemin du retour. L'essentiel pour ma part consiste à être avec les copains et jacasser à loisir, ce raccourci imprévu ne me dérangera pas. Ceci dit, si l'on ne voit personne surgir dans 5 minutes, je nous considère comme perdus...

Nous progresserons à un rythme modéré, mieux adapté à l'hypoglycémie naissante de Qian et Sylviane, pour nous retrouver vers 12h20 au parking, point de départ. Serge et moi ferons un tour du lac par de petits chemins cassants et tortueux, à la recherche d'un éventuel lieu de picnic, me donnant une bonne occasion de bloquer ma roue avant dans une racine et ainsi de passer par dessus le pouêt-pouêt, juste histoire de ravir (sotomayor) mon compagnon. Hélas, la seule rive à peu près logeable est également infestée de moustiques, ce qui explique ses larges espaces vierges, et une place pour déjeuner devra être trouvée au milieu des nombreuses familles déjà installées du côté ensoleillé.

Hélas surtout pour eux, car je m'apprête à rentrer au bercail, rendre l'auto à Jeff et m'atteler au jardinage, chez moi, lorsque le second groupe rapplique comme des furieux, soulevant sur le chemin une poussière dans le plus pur style western, à la grande satisfaction des pique-niqueurs et autres pêcheurs adjacents !

Une bise aux dames, sachons toujours rester courtois, et je reprends la route pour mon nord-est domiciliaire, non sans admirer au passage la superbe vallée de Chevreuse, ses belles demeures, et les constructions hétéroclites de Saclay, comme construites pour chasser la monotonie des immenses champs de blé locaux.

La parole à Pascal qui va compléter ce récit d'une sortie sympa, et tout, sauf ordinaire...

Orphelins d'une partie du groupe nous restions bien décidés à terminer cette rando à bonne allure maintenant que le soleil commençait sérieusement à nous coller au sol dès que nous sortions des sous bois. Il s'agissait donc de dropper, d'autant que l'appel du ventre ne tarderait surement pas à se faire sentir parmi ceux, moins enclins à un réveil précoce que celui d'RV, qui n'avaient donc pas pris le temps d'un somptueux petit déjeuner.

Interrogé sur l'origine des couleurs différentes de ses grips, Mat nous gratifie d'une explication à la limite de l'imaginaire technico-tunning dont il a le secret. Alors qu'une portion de bitume le décide aussitôt à prendre le large avec Lafourche dans sa roue, le carrefour suivant nous donne une alternative franchement plus marrante puisqu'il a fallu prendre côté rouge.

Après un long passage sur des sentiers sablonneux propices à titiller la dexterité d'un frappadingue lorsqu'il s'est agit de maintenir la roue arrière dans l'axe plutôt que de la laisser soit s'enliser ou se défiler par les côtés ; il n'en fallait pas plus pour saliver devant le morceau suivant.
En fait de morceau, l'allée alors large se rétrécit subitement pour se transformer en un single track qui en laissera plus d'un sur le carreau dès la première partie. La pente, légère, ne demandait pas beaucoup d'effort mais il fallait placer les roues entre les nombreuses pierres et racines tandis que le sable ruinait vos efforts et vos illusions sur votre aptitude à aller jusqu'au bout ; d'autant qu'une succession de virages vous faisait découvrir un final avec une pente plus prononcée.

Là évidemment ça passe Le meilleur reste pourtant à découvrir

Avides de continuer l'effort dans une communion profonde avec la nature qui nous entoure, nous nous empressâmes pour certains de s'allonger dans l'herbe et goûter un repos mérité, tandis que les autres avalaient une barre énergétique en pretexte à patienter un peu plus l'arrivée à l'étang pour le picnic.
Après cette courte pause salvatrice et bien que Mat nous ait alors suggéré de tester la descente du même tracé, une fois de plus la cohésion du groupe ne se démentit pas et nous ne firent qu'un en prenant l'autre direction, ne souhaitant surtout pas devoir remonter une nouvelle fois ce sentier à nous faire péter le cardio.

Arrivés aux abords de Clairfontaine, l'allée forestière que nous venions de prendre se termine rapidement sur une petite route ombragée pas beaucoup plus large qu'une voiture. Une petite pente pour prendre un peu de vitesse et cette route bien calme au milieu d'une zone résidentielle ; il ne nous en fallait pas plus à Mat et à moi pour nous arsouiller sur un bon 1500 mètres en passant à près de 60 km/h devant le reste du groupe qui s'était arrêté sur une bosse et ne s'attendait pas à voir débarquer les deux derniers lancés à pleine vitesse pour ne leur laisser que le sifflement de nos pneux sur le bitume. Au stop, conscients de l'enjeu, nous convînmes tous les deux que nous n'avions pas forcé un seul instant.

L'arrivée à Clairfontaine fut l'occasion de remplir les camelbacks dont le contenu avait bien été entamé. Pressés par la faim, les 10 derniers kilomètres furent rapidement expédiés nous offrant l'occasion d'arriver en trombe aux abords du lac et de parader devant les dizaines de banlieusards venus eux aussi manger sur place.

Satisfaits de cette sortie plutôt cool, un sort peu enviable fut fait aux divers produits (pâté aux champignons, miche au poivre, Comté, clacos, melon, boissons...) que chacun avait apporté en quantité suffisante à sustanter l'appétît que les 30 km de la rando n'avait pas manqué d'accentuer.

Tentés par une petite sieste mais devant tous reprendre la route pour des endroits reculés de la région parisienne envahie par les retours de week-end, 15h nous fît lever le camp.

Parti malheureusement plus tôt, c'est à Hervé qu'il revient de conclure sur la journée.

C'est bien simple : si tu n'es pas venu, tu as encore manqué une matinée bien frappée sous un ciel radieux !

Alors, la prochaine fois, écoute tonton Rv et joins-toi à nous pour le prochain épisode :-))

Texte : Hervé Klein & Pascal Pigot
Photos : Pascal Pigot

Dernière modification : Tuesday, July 20, 1999 06:10 PM
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