Père  RV

Le Chameau de ma Mère
Nouvelle en quatre parties sur le thème de l'interphone intérieur 


Préface de Serge Hartmann

Préface

Peu d'auteurs frappés ont autant de verve et d'imagination narrative que le Père RV.
Bernard Pivot dira de lui un jour :
"Je lis, je dévore les textes du Père RV, j'en ai mal aux machoires, et en plus je bande".

C'est à la suite d'une banale discussion sur la mailing-list frappadingue, il y a de celà plusieurs années, que naquit cette fameuse trilogie dite "de l'interphone intérieur".

De nombreuses heures de recherche et de recoupement ont été nécessaires pour retrouver - petit à petit - l'intégralité de cette oeuvre remarquable, imaginée en quelques secondes, écrite en quelques minutes, publiée en quelques heures, et admirée durant des siècles et des siècles, amen.

Supervisant la reconstruction de sa trilogie depuis son atelier d'écrivain, le père RV fut à nouveau pris par sa créativité de génie, et décida d'étendre son oeuvre à la forme tétralogique : une quatrième épisode vit donc le jour.

Voici donc, en exclusivité sur le site des frappadingues et en mondovision via l'internet, ce morceau d'anthologie frappadingue, ce condensé absolu d'un maximum d'âneries en un minimum de lignes, la tétralogie sobrement intitulée "Le chameau de ma mère".

Serge Hartmann
Directeur de la publication des archives
Porte-parole de la Fédération Française de Gobage de Flanby

Préambule

Le 13 avril 2000, Frédéric, en post-scriptum d'un email anodin, écrivit cette remarque :

" Blague à part, si tu peux passer chez moi à 8h, ce sera parfait, je suis donc au 23 de la rue gambetta et y'a mon nom sur l'interphone extérieur (pléonasme, là : un interphone intérieur j'en ai pas encore vu). Si tu peux pas te garer dans la rue ce qui ne serait pas étonnant, en plus avec une XM, ben tu continues et tu prends à gauche au bout de rue pour redescendre à la gare et tu m'appelles sur mon portable, je t'ouvrirai mon parking.
Fred"

Aussitôt Denis répondit :
" Ben si !
L'interphone intérieur, c'est celui qui est chez toi et qui répond à l'interphone extérieur..."
Denis

	Note du traducteur : la citation de Denis a bien évidemment été corrigée et épurée 
	de ses nombreuses fautes de français avant d'être  reproduite sur cette page.

C'est ainsi que, peu de temps après, cette longue réponse de Père RV s'inscrivit sur nos écrans, nous laissant à la fois perplexes, incrédules, admiratifs et hilares.


[Eubittelongue] Le chameau de ma mère (Guide d'utilisation d'un interphone intérieur)

Dans les très grandes maisons, pour ainsi dire les châteaux en Espagne, y'en a aussi.
Ca y sert quand le mec il bricole son spad dans l'atelier.

Et bobonne, elle prépare le soufflé au caviar, et l'soufflé, y va retomber, non de d'la d'mari de m***e qui passe plus de temps sur son spad que sur mon ventre rebondi et vergeté par mes 12 grossesses, qui astique plus ses jantes qu'mon p'tit bouton d'rose qu'est pourtant encore frais.

Et alors, bobonne, elle call à *****l'interphone intérieur***** pour dire à l'aut' abruti :
- "b**l de m**e, vas-tu lâcher tes burettes et rapliquer en vitesse au grand salon que sinon, tu boufferas une crêpe avachie au lieu de mon soufflé..."

Et l'aut' qu'a les doigts pleins de graisse, parc'qu'il est en train de rechercher cette bon dieu de bille de roulement de direction qui a rien trouvé de mieux que de s'barrer sous l'établi :

- "aaahhhh ! m***e, c'est pas possib' de bricoler tranquillement dans c'te baraque ! J'en ai pour cinq minutes, man-man, j'me lave les mains et j'arrive; met l'bazard su' la table et commence sans moi : j'arrive..."

Alors, bobonne, elle se met à table toute seulette, elle avale son brouet, et pis, comme elle s'ennuie à r'garder l'immense table vide (12 mètres de long sur 3 de large : c'est pour pouvoir inviter le vicomte de Médeux, le prince Monseigneur et les Durot-Duron-Duronnet avec leurs enfants; qu'il sont complètement cons et emmerdants comme tout, ces chiards, à toucher sans cesse aux bibelots et à courir partout sous la table pendant qu'on mange), elle se fait un p'tit doigt de cour en attendant son homme qu'est à l'autre bout de la propriété.

Et pis, v'la la soubrette qui s'amène déjà, avec sa bouche en cul de poule et le rôti et qui trouve maame en train de s'terminer, en plein pâmoison, les yeux révulsés, poussant de petits cris rauques et pensant très fort à Ricky Martine.

Comme elle est un peu gênée pour participer, les mains occupées qu'elle a pour ainsi dire et qu'elle ose plus faire un pas pour pas que sa culotte baille et laisse s'échapper le précieux liquide, elle reste coite, histoire de la laisser en "finir en pets" et pas avoir de réprimandes pour son augment' de fin de mois.
...

Enfin, môssieur arrive, essoufflé (c'est le cas de le dire) :
- "bon alors, c'est quoi, c'merdier ? j'tai appelé 3 fois par ****l"interphone intérieur***** et t'as même pas répondu ??? Qu'est-ce que tu fabrique encore ? j'ta phoné depuis la véranda de l'aile ouest : t'as pas répondu. j't'ai rappelé depuis les zécuries : t'as pas répondu. j't'ai appelé encore juste avant d'arriver, dans l'petit salon des glaces à la fraise : t'as toujours pas répondu... Alors, à quoi ça sert d'avoir fait installer un *****interphone intérieur***** dans toutes les pièces, si c'est pour que t'y répondes pas, hein ?"

Maaame se termine enfin, rouvre ses yeux glauques, ressort une main baveuse de sous ses jupons, puis reprend sa fourchette, comme si de rien n'était et, d'un ton glacial comme un miko oublié au pôle nord par Jean-Louis Etienne :
- "vous pouvez servir le rôti, Marinette (c'est la boniche-servante-femme-de-(pot-de)-chambre)..."

Môssieur s'est assis et se cure le cambouis de sous les ongles avec une pointe de fourchette et en essuie délicatement les résultats sur le bord de son assiette :
- "Et en plus le soufflé est raplapla comme un vieille crêpe : tu parles d'une maîtresse queue ! C'est décidé, le mois prochain, on embauche une cuisinière et t'arrêtes de faire ta prolétaire en voulant cuisiner des daubes..."

Et en son for (*****interphone) intérieur (*****) : " sans compter que j'en ai marre de tirer c'te dondon flasque qui pense qu'à se porter l'bouton au rouge et me dérange sans arrêt dans mon atelier, que mon spad, y s'ra jamais prêt pour le prochain PBN si ça continue. J'veux d'la chair fraîche moi, d'la soubrette en tablier blanc sans culotte, d'la pas trop dodue des hanches qui m'aidera à rechercher les billes de roulement de direction quand elles tomberont sous l'établi, que pendant ce temps là, j'lui ferai sa petite affaire vite fait avec un peu de graisse au téflon..."

<Voix Off> : "Chers auditeurs, c'est, hélas, déjà la fin du premier épisode de notre série e-diovisuelle, et néanmoins, culturelle : 'Le chameau de ma mère'.
La suite, demain dans un épisode intitulé : 'la soubrette et la bille du roulement à bille de direction qui s'est glissée sous l'établi' ."


[Toujourossilon] La suite de votre feuilleton, le chameau de ma mère, dans un nouvel episode : l'interphone sexuel d'intérieur

Chers auditeurs, bonjour, nous en étions restés hier à :
... "j'lui ferai sa p'tite affaire vite fait avec un peu de graisse au téflon"...

Nous retrouvons donc nos protagonistes dans l'immense salon - salle à manger du château. Si vous vous rappelez bien ce qu'il s'est passé lors du précédent épisode, Môssieur était en train de se cureter les ongles avec sa pointe de fourchette pendant que Mâame s'engouffrait le rôti et que la soubrette-femme-de-chambre-larbine (de cheval) se tenait coite, dans un coin, assistant, intéressée, aux débats de la famille.

La soubrette :
- " bon, quand j'amène le café, moi ? "

Mâame :
- " Non mais dites donc, Marinette, depuis quand nous parlez-vous sur ce ton ? On n'est pas à Raguinot, ici !
Apportez déjà le fromage de tête de mule, puis vous servirez le café comme il se doit dans les bonnes familles. "
- " Et toi, gros poussah, dépêches-toi de finir ton soufflé, j'ai la foune qui me démange... "

Môssieur :
- "Ecoute, Man-man, j'ai pas fini de remonter ma fourche-bêche, j'suis dans l'merdier à cause d'une bille qui est tombée sous l'établi et qu'je r'trouve pas. J'ai plus que cet aprèm' pour remettre le spad sur roues et le PBN frappé commence ce soir à 20h00, alors si tu veux bien, appelle le jardinier pour ta petite affaire et je te compléterai la livraison intime en rentrant ce soir. "

Sur ces entrefaites, le repas se termine, Môssieur agrippe Marinette par l'aileron et l'embarque en direction de l'aile ouest du château avec une petite idée derrière la tête de veau vinaigrette, pendant que Mâame s'empare de ****l'interphone intérieur**** et appelle Grégoire, le jardinier au célèbre plantoir démesuré.

Mâame :
- " Grégoiiiiiiiiiiirrrreeeeeee !
Venez vite ici, vous allez vous occuper de mes plantes de pieds...
Et apportez avec vous vos outils, surtout le plantoir, la truelle, le seau et le tuyau d'arrosage, vous savez, celui qui est vert avec plein de petits trous dessus. "

Le jardinier arrive dans le salon. Il porte un beau tablier de toile bleue qui laisse deviner un monumental chibre d'âne. Ses bottines Hermès sont crottées, de la paille y est aussi collée. Ses beaux mollets musclés et velus sont nus et quand il se retourne, on voit son slip kangourou (plus très honorable, d'ailleurs) qui pendouille lamentablement, la faute aux trop nombreuses prosternations sur les chemins de croix. Un chapeau, également de paille, avec un ruban violet qui coince une plume de panpan complète l'habillement de l'apollon.
Mâame se pâme, son entrejambe devient niagara, sa peau blette bleuit, elle couine dereserge, euh...derechef... en imaginant d'avance les délices interdits que promet le bellâtre :
- " Oh, oooh, aaah, oooooh, couiiine, oh ! mais c'est mon beau Grégorinou qu'est venu avec son plantoir à lui, ça !
Vite, amène ton petit seau sous mon siège, mon canard, que sinon sans quoi l'tapis persan va être taché... "

<Voix off> : Par pur souci de ne pas choquer les prudes oreilles qui nous écoutent, nous ne pouvons diffuser la torride séquence qui suit, mais sachez quand même (un journaliste se doit de toujours honorer ses contrats, de même que ses rencontres de passage, fussent-elles légèrement spongieuses ou défraîchies) que nous retrouverons nos protubérants protagonistes essoufflés, allongés flasquement sur le beau tapis persan, tels deux beaux Adam et Eve après la bataille de Tienne Bien l'Fou, au milieu d'une foultitude d'accessoires aussi divers que variés. Parmi lesquels : le beau plantoir, roi des forêts, une tranche de pain de mie humectée d'humeurs glauques et nauséeuses, un grille pain électrique (comme un cerf) Mou-linesque, un démonte-pneu rose, une brouette japonaise emplie de purin de cheval, un seau empli d'une drôle de liqueur ( ? ? ?), une paire de boucles d'oreilles représentant une allégorie de la rencontre du Général De Gaulle avec la bête du Gévaudan au petit Clamart à l'orange, un par-dessus râpé, du gruyère râpé Meules dors, un cactus dont tous les poils urticants ont été délicatement ôtés par un sadique, une poire à lavement pour éléphant, des forceps pour vaches, une combinaison secrète de plongée, un presse-ail en fer blanc, le tablier bleu du jardinier, un jupon-jupé en crêpe-dentelle décalée, des chaussettes trouées et moult fois reprisées, une culotte petit paquebot et un soutien-gorge prétexte en bonnet 115 E, un *****interphone intérieur***** encore gluant car il a vraisemblablement servi à des va-et-vient comme j'te pousse en milieu salin et aqueux, et puis plein d'autres choses encore que la morale réprouve...
Pendant ce temps, Môssieur à eu le temps d'arriver à son atelier qui, pourtant, est fort éloigné du salon car installé sous les combles de l'aile ouest du château. Marinette est là, penchée devant l'établi, qui recherche dans la poussière la bille vagabonde (d'évier). Elle ahane en cadence pendant que ses petits doigts musclés palpent tout ce qui dépasse du sol, punaises rouillées, cancrelats, vieux glaires datant du temps où Môssieur avait la coqueluche, cheveux blonds, bruns, roux, poux, écrous, gnous...

Môssieur, lui, est debout derrière la soubrette, il lui fourrage vigoureusement l'entre-fesses de son épieu turgescent et encourage la bougresse du geste et de la voix :
- " Alors, bougre d'âne, tu la trouve c'te bille ? On perd du temps ? Alleeeeeeeez, vas-y, bouge-toi le cul, bon sang de bois, qu'autrement sinon, j'vais chauffer à blanc qu'il faudra que j'rajoute d'la graisse de foc... "

On peut constater que la vocabulaire dans cette famille, qui pourtant semble fort honorable, est particulièrement peu châtié... Quelle misère de constater que la noblesse paysanne en a tant perdu ses lettres (de noblesse) et se rabaisse à parler l'ignoble langage des manants...

Sur ces étranges entrefaites, *****l'interphone d'intérieur***** sonne. Dans sa précipitation, Môssieur empoigne le marteau et s'en enfile un grand coup dans la tempe. Ayant repris ses esprits et en main le combiné, sans toutefois s'arrêter de bourrer la soubrette palpeuse toujours en recherche :
- " Vouiiiii ? qu'est-ce y'a encore ? "

*****l'interphone d'intérieur***** :
- " C'est Grégoire, vot' jardinier, Môssieur. J'ai perdu mon plantoir dans l'fondement d'vot' dame et elle veut pas me'l'rendre, prétesquant que maintenant elle est étanche. Mais j'en ai besoin, moi, d'mon plantoir, y'a les drosophiles qu'ont b'soin d'mes soins, ça presse... "

Môssieur :
- " 'coutez, Greg', v's'avez qu'a remplacer l'plantoir par *****'l'interphone d'intérieur*****, comme ça elle s'ra contente ET VOUS ME FOUTREZ TOUS LA PAIX ! "

C'est comme ça que, par l'entremise d'une bille de direction égarée sous l'établi, *****l'interphone d'intérieur***** prit enfin tout son sens et fut enfin utile, placé habilement dans la dame du château.

<Voix off> : C'est sur cet émouvant et non moins champêtre tableau que nous quittons nos amis en plein travail. Mais ne vous inquiétez pas, ce n'est pas pour longtemps car demain, le prochain épisode de notre saga est intitulé " La revanche du plantoir qui lève une armée de drosophiles génétiquement modifiées ".
A demain, chers amis.


La revanche du plantoir

(dans lequel nous verrons que divers objets disparaissent dans des conditions mystérieuses, pour réapparaître plus tard, dans des circonstances tout aussi insolites).

Très chers auditeurs, nous avons laissé hier nos personnages vaquer à leurs occupations coutumières, alors, retrouvons-les sans plus attendre et vivons ensemble leurs palpitantes aventures.

Rejoignons donc Mâame au salon. Le jardinier est reparti à ses drosophiles, les burnes délestées de quelques hectogrammes de précieuse et blanchâtre semence, laissant sa coéquipière avachie comme une grosse et flasque méduse sur son radeau au milieu du salon, le téton alangui, la chair flétrie par une telle débauche d'ardeur.

Elle ouvre un store, puis l'autre, et présente au créateur des gobilles saumâtres veinées de vermeil, délicatement ourlées de ce qui semble bien être des anchois. Reprenant ses esprits dispersés en même temps que sa dignité de maîtresse de maison, la voici qui se relève avec peine, opérant une délicieuse génuflexion sur ses rotules malmenées avant de retrouver la position verticale qui lui est plus pratique pour marcher. Ses mamelles gant-de-toilettesques en vadrouille et ses flasques fesses au vent, elle rassemble ses effets, enfile ses nippes froissées et revaque à ses occupations comme si de rien n'était, à savoir le canevas d'os sur canapé.

Quelques heures passent quand une gène sourde, dans le séant, la contraint à réviser sa position.
- " Mais nom de nom de b***el à queue, qu'est-ce y m'a foutu dans l'prose c't' animal, que j'en ai le fion tout irrité ??? "

Mais quel est donc cet objet tampaxesque qui lui meurtrit les hémorroïdes ?

Nous le saurons bientôt, après avoir jeté un coup d'œil à ce qui se passe dans l'aile ouest du château et plus précisément dans l'atelier de Môssieur.

- " Ohh ! M'sieur, z'allez-ty v'nir enfin ? J'me lasse, vous savez !
C'est pas une vie, d'avoir les mains en sang à force de palper l'béton de d'sous vot' établi, qu'j'en ai les doigts râpés comme du gruyère ! "

- " Han, han, han, han, z'avez qu'à me r'trouver c'te bille, Marinette, c'est bien pour ça que j'vous paye, non ?
Et tant qu'vous y êtes, passez moi donc la burette d'huile de coude, j' sens votre boyau culesque s'étrécit un tantinet… "

Sur ces échanges verbaux hautement culturels, lassé de ces va-et-vient incessants autant qu'inaboutis, Môssieur se désenquille et remonte son kangourou petit yacht :
- " Allez, ça suffit. Doit pas être tombée par là, la bille.
Rajustez-vous convenab'ment, Marinette, que Mâame ne se doute de rien, et r'tournez donc préparer l'souper. "

Et dans son fort des halles intérieur :
" L'est vraiment bonne à nib, c'te pauv' gosse, j'me demande bien pourquoi on la garde encore ???
Parce qu'entre les œuf au plat brûlés, les saucisses mal cuites, les pieds de cochon trop durs et les lits pas faits au carré, c't'une catastrophe ambulante.
‘reusement qu'elle rechigne pas trop à pas mettre de culotte, encore ! "

" Bon, où j'en étais déjà, moi ?
Pas possib' de bosser sérieusement, avec toutes ces perturbations…
Ah ! Oui, la colonne de direction… "

Bruits métalliques divers.
" Mais boudiou, qu'est-ce donc qui me gène comme ça dans mon calbut ? "

Eh oui, chers auditeurs, quel est donc cette chose qui s'est subrepticement glissée dans les chausses de Môssieur, l'obligeant ainsi à interrompre ses réparations directionnelles, tel le caillou dans le soulier qui force à reconsidérer la marche ?

Nous le saurons bientôt, après avoir jeté un coup d'oeil à ce qui se passe dans le couloir qui mène de l'aile ouest jusqu'aux cuisines, en passant par la buanderie, les cagoinces, le boudoir, la penderie, la véranda, le jardin d'hiver, le jardin d'été, le jardin de printemps, le songe d'une nuit d'été, la petite musique de nuit, le révérend père de claouis, les lavatories, la laverie, la salerie, l'auge aux cochons, l'étable, le poulailler, le commissariat de police, le café du commerce, la chapelle ardente, l'église flamboyante, la cathédrale magistrale, le couloir de la morgue, les vécés, le garde champêtre, le living-room, le dancing, la salle à gerber, le stock de produits illicites, le salon à musique, le clapier, le clapoir, le glapir et enfin le mirifique entrepôt frigorifique (j'vous avais bien dit qu'il est immense, ce château, non ?).

Donc, Marinette, le derche à vif grâce aux soins affectueux et toutefois hardis de Môssieur, s'en retourne d'une démarche luckylukesque à ses occupations coutumières, à savoir faire le ménage, la cuisine, la vaisselle, torcher les gosses (heureusement, il n'y en a pas), faire les lits, chasser les moutons de d'sous les plumards avec la balayette rose, frotter, encore frotter, toujours frotter (heureusement qu'il y a findus) et faire reluire tout ce qui traîne : les cuivres, les ors, les argents, la badine de Môssieur, les bronzes coulés, les plombs pétés, le p'tit bouton d'rose à Mâame, l' plantoir (tiens ! l'est encore ici, celui-là ?) au jardinier, les queues de cerises.

Et dans son for intérieur :
" Mince, dire que j'm'occupe de tout le monde ici et que j'passe toujours en dernier…
Quelle vie de chienne, non mais sans blague…
Tiens, pisque c'est comme ça, j'va profiter de ce fauteuil Louis seize pour m'chanstiquer un peu l'frifri.
Pas d'raison qu'ce soit toujours les autres… "

Et, joignant le doigt à la parole, elle s'installe confortablement dans le-dit accueillant fauteuil, ses jambons varicieux d'honnête travailleuse tout de bleu veinés, sur chaque accoudoir, dévoilant ainsi à qui veut bien y regarder (mais il n'y a personne, à part nous) une foune tropicale touffue à la portugaise, qui s'étend depuis le pubis jusqu'à loin au dessus du nombril.

Elle commence donc à s'occuper un peu d'elle-même et entreprend un solo de guitare en femme majeure. Jusque là, tout se passe normalement, elle s'est mise au mouillage comme un dinghy à marée basse, mais soudain, une gène anormale l'empêche d'aller plus profondément que le début de l'orifice de son origine de la vie.

" Foutre diantre, mais qu'est-ce que c'est que c'te saloperie qu'j'ai dans l'garage à paf ? "

Mais oui, chers auditeurs, quel est donc cet obstructeur objecteur de godemiché ?

Nous le saurons bientôt, après avoir jeté un coup d'œil à ce qui se passe dans le jardin où officie officiellement l'officier des lieux :
Grégoire le jardinier, inventeur des drosophiles à couper le beurre.

Notre Grégré, après son intermède avec la rombière tenancière de ces lieux, s'en est allé comme un cow-boy solitaire, retrouver ses drosophiles adoptives.
Dans leur cage en fil de fer barbelé, les mignonnes, convenablement ravitaillées par leur maître, en plumes de coq qui est, comme chacun sait leur exclusive alimentation, les mignonnes, donc, vaquent à leur occupation habituelle, à savoir forniquer comme des brutes.

Eh ! Oui, qu'est ce que vous voulez faire d'autre, vous, enfermées qu'elles sont dans un si petit espace, mâles en rut et femelles en chaleur mélangés, hein ?
Qu'est-ce que vous feriez, vous ?
Du repassage ? De la couture ? Des parties de scrabble ?
Non ?
Bon, alors.

Le Grégré, les regarde faire, envieux et émerveillé par tant de candeur, tant de naturel, tant de souplesse dans le geste.
Tant et si bien qu'une envie lui prend…
Faut dire aussi qu'il faut être spécialement rôdé à l'abstinence pour rester de marbre face à un tel spectacle…
Ou bien peut-être l'abbé Pierre ???

Toujours est-il que voilà notre ami qui dégrafe la fermeture éclair de son tablier, baisse culotte, et s'entreprend un match à cinq contre un.
Frouitt, frouitt, frouitt!

Mais soudain, survient une gène étrange dans l'urètre, comme si quelque chose en bloquait l'accès à la pleine mer.

" Nom d'une tête bêche dans l'cabanon, mais qu'est-ce que c'est-y qu'j'ai donc choppé comme ça dans l'bistouquet ? "

Mais oui, chers auditeurs, c'est vrai, quel est donc ce calcul inopportun qui entrave l'évacuation de l'appareil jardiniesque ?

Nous le saurons bientôt, après être retourné, enfin, dans le grand salon où Mâame se contorsionne de manière grotesque au milieu de la pièce, un tire-bouchon dans une main, le tisonnier dans l'autre, lâchant des imprécations graveleuses que le standing de notre radio ne nous permet pas de retranscrire ici, même par écrit.
" <censuré> "

La trogne écarlate, de grosses gouttes de suif lui dégoulinent le long des tempes, elle baigne dans son jus et s'escrime tant et si bien que son large fessier vergeté blanc laiteux sur fond rubicond, tel le visage d'un vigneron alcoolique narbonnais, finit par mettre bas un objet oblong, gris anthracite, muni d'un clavier-souris ergonomique ni trop soft ni trop dur et dont une extrémité est nantie d'un appendice filiforme et vaguement élastique.

L'objet est déjà attaqué par les vapeurs acides qui sévissent dans un tel milieu aqueux et présente des crevasses olivâtres à peine recouvertes par une couche visqueuse grisâtre.

" Ah ! te voilà, toi !!!
Ben j'suis bien contente d'avoir retrouvé mon *****interphone d'intérieur*****, j'vais pouvoir enfin appeler c'gros lard qui me fait office d'époux dans la tête pour l'souper… "

Joignant l'auguste geste à l'appareil, non sans l'avoir au préalable frotté sur son playtex pour le débarrasser de ses sécrétions glaireuses, elle appelle l'autre fada :
- " Vas-tu enfin v'nir, ‘spèce de pourceau, que c'est l'heure du souper, que l 'temps qu'tu t'en r'viennes, y s'ra déjà r'froidi ? "

Môssieur :
- " Mais qu'est-ce elles ont toutes à vouloir que j'vienne ?
Bon, ça va, j'arrive….
Tiens, une bonne nouvelle : j'ai r'trouvé la bille manquante, elle était dans mon slip !
J'ai r'mis la main d'sus en comptant mes burnes et j'trouvais bizarre d'en avoir trois !!!
Par contre, mauvaise nouvelle, j'parviens pas à r'mettre la main sur ma burette d'huile de coude. T'l'aurais pas vu, par hasard ?
Enfin, tant pis, j'la chercherai après l'souper. Bon, j'arriiiiive, ma biche. "

Chemin faisant, traversant successivement la buanderie, les cagoinces, le boudoir, la penderie,… enfin, bref, maintenant vous connaissez la maison, chemin faisant, donc, Môssieur rencontre Marinette, toujours à se chanstiquer la moniche sur son fauteuil. Jetant un coup d'œil discret au paysage, il remarque un petit tuyau qui dépasse de l'origine de la vie de la charmante :
- " Dites-donc, Marinette, vous seriez par un peu cleptomane, par hasard ?
Et qu'est-ce que ma burette d'huile de coude fout dans vot' frifri ?
Rendez-moi ça immédiatement, que sinon j'vous congédie d'une autre façon…"

Marinette :
- " Mais M'sieur, j'vous jure, j'vous ai rien pris, c'est pas d'ma faute !
J'savais pas qu'c'truc était parti avec moi… "

Môssieur :
- " Bon, passe pour cette fois, mais n'y r'venez pas.
Pour la peine, vous m'ferez un' p'tite gâterie après l'souper et j'oublierai tout.
Rompez… "

Sur ces entrefaites, apercevant l'un des innombrables *****interphones d' intérieur***** de la demeure, il l'empoigne afin d'appeler le jardinier :
- " Alloooo ? Alloooo ? "
Tiens, c'est drôle, ça, ça résonne bizarement dans c't'appareil ???

Au même moment, à l'autre bout du jardin, près de la cage aux drosophiles, une sonnerie stridente résonne dans l'kiki du Grégoire :
- " Ah ! Ça m'revient ! Je sais maintenant ce qui m'gène !
Quelle bande de cinglés dans cette maison d'installer des *****interphones d'intérieur***** n' importe où, qu'en m'asseyant, y'en a un qui s'est glissé dans mon affaire !!! "

Et c'est ainsi, chers auditeurs que se termine notre épisode d'aujourd'hui.

Le souper sera-t-il prêt à temps ?
Les drosophiles accoucheront-elles avant l'hiver ?
Mâame finira-t-elle son canevas avant que les mites ne le dévorent ?
Môssieur parviendra-t-il à terminer la réparation de son vélo avant 19h30, dernière limite pour lui laisser le temps d'arriver sous la tour Eiffel et ainsi rejoindre ses compagnons frappadingues ?

Vous saurez tout celà en écoutant, avec attention, notre prochain épisode de notre saga, 'Le chameau de ma mère', intitulé : " le voyage intérieur de Môssieur dans les banlieues troubles. "

[ Deplusenpluslong ] Itinéraire d'un PBN pour Frappadingue aux dents gâtés

Peu de temps après le truculent 3ème épisode de l'interphone d'intérieur, tout semble calme aux alentours du château du Comte de L'Amère Loi.
Tout ?
Non, car, en tendant l'oreille, faute de mieux pour l'instant, un lancinant bruit de lime vient agacer l'ouie exercée de l'observateur matinal un tant soit peu rompu à la discipline de l'examen des volatiles les plus pusillanimes de nos contrées.
Et quand je dis " un " bruit, le soucis de vérité qui à toujours été mien m'oblige à révéler qu'en forçant un peu le sonotone, il semble bien qu'il y en ait deux…

Approchons nous donc de l'aile gauche et jetons un œil violeur d'intimité sur l'antre de notre cyclo-bricoleur de génie. La servante, pugnace, cherche toujours la bille égarée, pendant que Môssieur le Comte, penché sur son atelier, protégé des projections intempestives, toujours possibles en pareil cas, par un élégant tablier de dentelle décalée, sue à grosse gouttes et lime comme une bête. Dans l'étau, un splendide moyeux moyen brille de mille feu. Dans les yeux du limeur invétéré, la lueur du plaisir bestial qui l'anime et décuple l'énergie nécessaire à sa besogne. Plus pour lui-même que pour la pauvresse toute à sa quête, également courbée vers la glèbe, qui gémit sous la charge et pousse de petits cris
- " hun hun hun "

En alternance, notre homme murmure :
- " Ah ! Nom de d'la, j'vais tous les pourrir avec un moyeux moyen pareil...
Bon, encore un p'tit coup et y'a plus qu'à remonter la chose et partir.
Si j'me presse un peu, j'devrais être sous la Tour Eif' sur les 20h15 pour le Pbn... "

Et en effet, après quelques va et viens supplémentaires, abandonnant ses outils bruyamment sur les planches de l'établi, le gaillard se redresse les mains sur les reins. La fierté se lit sur ce visage radieux.

- " Allez, Suzanne 1 , pliez vos gaules : on décroche 2 le boulot est terminé.
J'dois m'grouiller pour partir au PBN...
Pendant qu'v's'y êtes, passez don' à la laverie et préparez mon cuissard à bretelles de cuir, vous savez, celui avec les festons espagnols roses à pois mauves 3 : c' est fête aujourd'hui et je me dois de me présenter immaculé devant mes paires…
Et n'oubliez pas de l'enduire correctement avec la vaseline !
La dernière fois je m'suis payé une crise de furoncles purulents pendant une semaine, que j'pouvais plus m'poser sur la cuvette des gogues et devais dormir sur le ventre, 'rendez compte, un hom' comme moi, avec une trique permanente pendant le sommeil...
Allez, ouste ! "

Sur ces mots gracieux, le voici qui embraye sur le remontage de son prototype et en deux temps, trois mouvements, le spad rutilant trône sur son piédestal, inondant le local exigu de sa force sauvage et brutale.

Se déshabillant tout en courrant pour ne pas perdre de temps, semant ses nippes au gré des interminables couloirs du château, il arrive nu comme un ver dans le grand salon, l'arme blanche ballottant au gré de ses pas perdus. Mââme et sa cousine, Germaine du Fion-Restreint, y prennent le thé sur un guéridon aux antibiotiques, le petit doigt levé, gloussant et minaudant à qui mieux-mieux. Cette dernière rosit à la vue des blasons du Comte tout en gratifiant le velours râpé du fauteuil Louis V sur lequel repose son séant d'un jet concentré d'une humeur blafarde et nauséabonde.

Le Comte :
- " Bon, Manman, j'me sauve, c'soir, y'a PBN et j'suis déjà en r'tard...
J'te préviendrai par l'interphone d'intérieur si je devais revenir tard... "

" ... "

" Tiens, Germaine, z'êtes là ?
'coutez, revenez donc prendre le thé demain, j'vous ferai visiter mon atelier et voir tous mes outils. Et comme j'y ai perdu une bille de roulement, v'z'y aurez peut-être plus de chance que c'te gourdasse de Suzanne qui dénicherait pas un tampax dans son applicateur... "

Aussitôt, Mââme :
- " Mais mon minou, tu n'as rien mangé !
Tu veux pas que Suzanne te prépare un sandouiche, elle vient de préparer du beauf en Dubb ? "

" Et puis, j'ai encore perdu mon interphone d'intérieur, j'arrive pas à savoir où je l'ai fourré.
Tout à l'heure, avant que Maimaine ne s'amène, je l'avais posé sur un de nos fauteuils Louis V.
Depuis plus rien, il a disparu comme par enchantement... "

Sur ce, depuis le fin fond des nombreux juppons de la cousine Germaine, un bip-bip se fait entendre, pareil à ceux de Franche t'es laid comme... quand le correspondant raccroche.

* * *

A peine quelques instants se sont écoulés que notre cycliste surgit en trombe sur son beau lide, par la porte de derrière les écuries.
Le nez dans le guidon et le guidon bracelet, il agite sa guibole comme un diable. Son maillot proclame les armoiries du Comté héroïque : un interphone d'intérieur croisé avec une clé à molette, sous un lion endormi à côté d'un lapin chevauchant une lapine, surplombant une chèvre devant un légionnaire sentant bon le sable chaud.
Au dessus de l'ensemble est calligraphié la devise latine suivante :
" Si non nic cyclus est, nic servantam atrium veritas est ".
L'explication détaillée de cet écusson et de sa mystérieuse devise remonte à tellement loin que nul au village ne s'en souvient guère encore. Il est dit qu'on en trouve trace dans les Carpates, sur les murs d'anciennes latrines romaines, mais rien n'est moins sûr.

L'interminable allée bordée de conifères se termine quand même contre toute attente et la route rectiligne menant du château à Sein-Clou s'étale devant l'entreprenant voyageur. La distance est vite avalée, déjà se présente la côte de Beuffe. Il tombe un pignon, puis deux à mesure que la déclivité s'accentue.

Sans perdre le rythme, car il sait qu'après la côte vient la ruelle des pas perdus où, étant jeune il venait discuter le bout de gras avec l'apprentie du boucher. Une petite d'ailleurs fort aimable, toujours disposée à jouer au docteur, à la marelle, à chat perché, aux billes, à touche pipi, à bâton rompu, aux osselets, aux ose laids, aux celets et autres jeux enfantins sans malice.

Crache-Les-Gonzesses et sa célèbre impasse aux vingt-six virages se profile en haut du raidillon. Et puis, c'est le drame bête. Alors qu'il en est au vingt-cinquième, la crevaison réduit à néant tant d'efforts si désintéressés.

Sans se départir de son flegme caractériel, de cycliste nomade, Môssieur adopte instantanément le rôle mental du démonte-pneu temporairement sédentaire. Ses doigts habiles semblent voler entre les rayons. La colle à rustine filloche derechef. En trois coups de cuiller à pot, le pneu est regonflé à bloc et l'homme reparti, appuyant sur les pédales avec plus d'ardeur encore.

Plus que douze kilomètres. Bécon-Les Gruyères, Bourde-La-Reine, Enfourne-Le-Petit, Enfourne-Le-Vieux, Enfourne-Le-Noble, Tous-Sur-Le-Noble, C't'Un, Jouy-En-Jonas, Giffle-Sur-Yvette, Albert-Sur-Yvette, Georges-Sur-Yvette, Sein-Cire, Edgard-Sur-Yvette, Robert-Sur-Paul 4 , Petardville-Le-Pont, Sein-Mort, Rot-Nid-Saoul-Bois, Et-Mes-ReinsVille, Mal-Au-Koffre, Vingt-Scènes, Mon-Rouge, Mon-Rosé, Mon-Blanc, Elle-Pinait, En-Gain, Lèvres, Meuh-Non-La-Forêt : les lieux dits de la banlieue chérie de son enfance, si chargés en réminiscences pleines d'émotions, défilent comme les souvenirs dans la tête de Louis VI alors que le couperet descend irrémédiablement sur sa nuque dénudée et offerte. Notre cycliste dépasse les bornes et les chiens de traîneau aboient.

Encore cinq kilomètres et les portes de Paris, la majestueuse et néanmoins tentaculaire (celle qui crie quand elle a des glaires) ville, accueillent le suant et poussiéreux personnage.

Avaler les quais, contrairement aux coquilles d'oursins, n'est qu'une formalité, les trottoirs bordant le calme fleuve n'ont pas de secret pour qui pédale bravement.

Pont de Biroutehakeim (victoire des apaches sur les maures en 1583 par 2-0). A l'approche de la Tour Eiffel, la rumeur de la foule amassée alentour par le plus grand des hasards s'enfle. Môssieur, le cœur regaillardi par la ferveur populaire en remet une bonne couche. Les tubes en CroMo de son spad se tordent sous l'effet de la pression, le pédalier grince de toutes ses dents, la chaîne ne prend plus de plaisir, les pignon de pain, les patins de frein se les roulent, bien forcés de constater leur inutilité temporaire dans cette entreprise.

Là, sous les jupes métalliques de la grande dame, pile sous le tablier 5 , les Frappadingues se massent, se congratulent l'ego et les couleurs, se colibetisent en veux-tu en voilà, sabrent le champagne au laguiole 6 pour en verser la quintessence en de précieux gobelets de polyéthylène, grillent la dernière clope avant que jésus crie, détaillent et redétaillent sans relâche les derniers accessoires à la mode : la selle hygiénique avec son applicateur, le tube de selle à décontamination artificielle, les freins génétiquement modifiés (ni disque, ni patin, rien que des principes), les roues lenticulaires bicolores de rochers, les attaches rapides aux hormones, les M.S.T. (Moyeux Séquentiellement Transmissibles), les shifters 'concorde' à trajet ultra court (moins de 5 minutes, mais c'est très cher, quand même) et bien sûr le dernier cri, le summum de l'originalité : le pouêt-pouêt sous-marin nucléaire russe avec de vrais morceaux de marins dedans. Quand on le presse, il sort du pus jaunâtre, en même temps que le bruit.

Bref, les frappadingues sont bien là, la maréchaussée pourra le confirmer (10 000 selon la préfecture, 40 selon le Chef), prêts à bondir vers de nouvelles aventures toujours rocambolesques. à chaque arrivée de l'un des leurs, c'est la même coutume : sablage de champagne, grandes tapettes dans le dos (rapide palpage de certification pour les dames), rires et autres joyeusetés, cris et chuchotements, entorse à la règle et tout le tintoin…

Môssieur débarque donc au milieu de cette ambiance chaleureuse, l'œil torve, le nez morve, les jambes torses, le torse courbé, un sourire radieux suspendu à ses lèvres finement ourlées d'un cordon de bave blanche séchée.

Tous se prosternent, par respect pour son titre de noblesse, mais surtout pour cette nouvelle preuve de courage propre à tous les Frappadingues. En effet, saches, ignorant et candide lecteur apprenti, qu'un Frappadingue ne renonce JAMAIS à se rendre à un Pbn, dusse-t-il s'y rendre sur les moignons. Aussi, venir du château est un exploit reconnu et loué de tous y compris des poulets du même nom.

Le Comte étant bon et enfin présent, le taupe-départ est donné aux bonnes œuvres et tous s'égayent sur la place au milieu des touristes abasourdis, direction le Trot qu'a des Rôts, merveille des merveilles, splendeur des courtisanes, illuminé même la nuit.

Après le rituel de la descente des marches durant lequel chacun s'empresse de tout faire pour casser un peu de matériel, le chef de file décide de faire des batchs en traitant ses congénères par lots. Sitôt les paquets ficelés, l'avenue Klebar déroule son long ruban d'asphalte sous les roues de la bande, au son du cliquetis des dérailleurs. L'Arche de Triomphe nous attend pour quelques tours de manège endiablés. Une fois n'est pas coutume, c'est Thib' qui décroche la queue de fouine que le garde-chiourme de service agite maladroitement pour faire se lever les enfants.

Comme toutes les drôleries, faire cavaler les gardiens qui veillent qu'aucun campeur ne se serve du feudor placé sous l'Arche pour faire griller ses merguez, ne fait rire qu'un temps, nous voici partis vers la Place des Ternes, ainsi nommé à cause de tous ces abrutis qui marchent avec des godasses en papier de verre. Le marché aux fleurs rappelle à ceux qui posent parfois leurs crampons ailleurs que dans les caniveaux lutéciens comme la nature est variée et riche en couleurs…

Direction Montmartre la fière, celle qu'on qualifie parfois de " monte-la dessus ", son Sacré Corps, ses séries de marches aux abrupts alpesques étourdissants, ses touristes bêtes et avinés, son funiculaire (celui qui grince quand il pleut des glaires). La rue Lepic (qui crie quand on l'astique) crie, justement, au passage des dingues. Déjà, les moins vaillants (couturiers) tirent une langue chargée. Les pavés de la chaussée sont impitoyables pour les reins déjà éprouvés par les galipettes de la veille (enfin, pour ceux qui pratiquent en alternance zizi-panpan et vélo. Pour ceux qui font les deux en même temps, ils ont les reins solides et en ont vu d'autres).

La haut, au milieu des peintres minables et autres parasites, dans les odeurs de graillon des échoppes attrape-tourista, sur la Place du Tartre (dénommée ainsi du fait de ses coups de calcaire légendaires) encombrée de hollandais roses et niais, de belges frittons, de rosebifs dignes et coits, d'espagnols bretons, de ritals criaillants, un bolide fends la foule, attendant patiemment que le reste de sa bande arrive en tournant en rond autour de la place carrée. Pascal-Le-Maudit, après trois rue Lepic aller-retour commence à s'inquiéter :

- " Mais bon sang, qu'est-ce qu'ils fabriquent donc ?
Aurais-je pris un itinéraire bis ?
Y'en a peut-être un de crevé ?
J'vais redescendre une quatrième fois pour en avoir le cœur net... "

Et de partir dare-dare, renversant les badauds suants et agglutinés qui ne comprennent décidément rien à ce courrant d'air aussi soudain que violent qui leur passe à travers...

Pendant que notre gentil extraterrestre dévale la rue aux pavés d'intentions, examinons ce que devient le reste des troupes...

Quelques dizaines de décamètres en aval, la foule, toujours elle, est amassée, toujours gourmande de leucocytes, lymphocytes, hématies et autres phénomènes suintants lors d'un contact rapproché de type pizza entre le tarmac et les abatis, autour d'un amas de ferraille. Plus près encore, nous distinguons Môssieur le Comte chaleureusement entouré de ses amis les frappés de stupeur.

Horreur : le moyeux moyen vient d'éclater après une prise de contact un tant soit peu virile avec l'escarre de l'handicapée du cartier, la nommée Paulette.

Consternation parmi les amis : il ne reste plus qu'a signer la reddition des troupes…

Môssieur le Comte, digne :
- " Nan, laissez-moi ici : je vous couvrirai de mon feu nourri "

Les dames de s'écrier à l'unisson :
- " Queue non point, Monseigneur ! Si je t'attrape, je te mors "

Convaincu, notre héros, assisté il faut le dire des mains expertes de Fref et de Jrej, à partir d'un cul de bouteille, commence à limer comme une bête et d'ouvrager un moyeux moyen de fortune du pot. L'affaire n'est pas simple.
D'abord, Mat et Jamil tiennent la pièce entre leurs orteils réunis en calice.
Une vieille peau de chamois dégottée dans une poubelle traînant par là fait office de râpe à fromage. Un singe échappé du zoo de Toi-riz-En-Evelyne fait le guet, attentif à tout mouvement suspect alentour.

Alors que les passants font cercle autour de nos protagonistes, une idée est lancée en l'air, puis retombe :

- " Autant se retrouver au Saoul-Boque d'ici ½ heure, comme ça les plus vaillants pourront continuer de rouler (roulez, roulez petits stratèges, il en restera toujours quelque chose) et on finira la soirée en beauté… "

Aussitôt dit, aussitôt fait, d'autant plus que Pascal le Maudit survient sur ces entrefaits. Les protagonistes antinomiques se scindent en deux camps : le camp d'Avid et le camp des Chie Mano Militari. Les premiers filent vers leur destin via les Putes-ChaudMon, alors que les autres, solidaires assistent à la naissance du moyeux moyen en chantant des cantiques quantiques. Dans l'air surchauffé de Montmartre, s'élève alors une musique cristalline sortant des gosiers purs de la troupe frappadingue assemblée :

(sur un air bien connu)

" Il est niais le divin moyeu, crions tous à la vaine main,
Il est niais le divin moyeu, chantons tous son nain Chevènement "

* * *

Le moyeux moyen vient enfin de retrouver la place qui est sienne. Il se sent enfin dans son rayon. Pignons et couronnes fêtent dignement son retour parmi eux en gémissant tels des génisses au véto lors de leur examen annuel de foune.

Chacun se rhabille, l'un de sa sibille râpée, l'autre de son manteau en poils de chèvre de Mr Seguin, le troisième se couvre de son couvre-chef, un autre d'un casque (on ne sait jamais : le pourfendeur du vase de Soisson rôde toujours dans les parages). Môssieur le Comte enfourche sa fidèle monture d'argent et sonne le ralliement de son pouêt-pouêt galbé figurant un interphone d'intérieur enfourchant Pégaze qui lui-même serre la main à Samothrace :

- " Hardis les gars, tous au Saoul-Boque, vaille que vaille, suce l'ennemi. Le dernier paye la Leffe… "

Car tels sont les Frappadingues, si entousiastes que rien, ni personne, ne peut tarir de leur désir d'engorger une bonne bière belge. Bien que passablement refroidis par la pause (je vois déjà le p'tit Michel qu'aura une congestion pulmonaire demain matin et qui pointera absent au turbin), les cintrés le suivent comme un seul homme, faute de meilleur exemple à talonner dans l'immédiat, en direction du quartier des Hal, fief des fins de soirées Pébéhennesques.

Pendant ce temps, le reste de la troupe, non content de s'être vu amputé de quelques uns de ses membres les plus vigoureux, n'en poursuit pas moins son petit bonhomme de chemin.

Les marches devant le Sacré Corps constituent un morceau de choix pour tout amateur de sensations fortes. Les Frappadingues le savent bien, aussi prennent-ils un malin plaisir à y faire démonstration de toute leur habileté au maniement du cintre, dont le spécialiste, Fab', se joue les doigts dans le nez : roulades, rebuffades, galipettes, galimatias, salto avant et arrière, et bien sûr la fameuse remontée des marches sur une roue, sur deux roues, sans les mains, sur un pied, langue pendante, pantelant, les yeux fermés et autres originalités qui ravissent les passants béats et font crépiter les flashs nippons.

Passés les premières ecchymoses, toujours bienvenue car permettant de gagner des points facilement dans le concours de gyrophares, l'ennui gagne les participants (à force de répéter, on finit par avoir mal au cul) qui décident à l'unisson de redescendre vers le quartier des Hal pour s'abreuver comme les bêtes, le soir dans la savane savonneuse, en Afrique.

Au bas de la rue (en descente) Delhi, l'enseigne du QG Pébéhennesque des Frappés appraît au détour d'un virage. L'enseigne en question, pour ceux qui souhaiteraient y aller un jour (le soir est réservé aux habitués) est constituée de deux énormes boques aux yeux rouges qui s'appuient l'un contre l'autre, l'air ivre de joie, en chantant des chansons paillardes que la morale réprouve. Deux lanternes rouges encadrent ce tableau champêtre, permettant aux furtifs et autres attardés noctambules de discerner la porte d'entrée de celle des cagoinces.

Sur la terrasse du bistro, les premiers arrivés attendent les retardataires en proférant force jurons et imageries populaires à connotation graveleuse et engloutissant litres sur litre de cervoise flamande. Môssieur le Comte et ses acolytes surviennent peu après, complétant ainsi la cohorte frappée qui se désintègre aussitôt sous l'effet du départ des plus fatigués, des plus rassasiés et des déjà saouls à rouler dessous la table.

Douze fidèles se retrouvent ainsi attablés sous l'auvent autour de leur chef fictif présumé et néanmoins reconnu, dans la lumière irisée de la nuit parisienne...


* * *

Les Frappadingues rejoindront-ils tous leur rang douillet logis sains de corps et d'esprit ?

La Leffe aura-t-elle les effets escomptés sur les réflexes de nos amis?

Au Saoul-Boque, la servante leur lavera-t-elle les pieds à l'eau de vaisselle, comme à l'accoutumée ?

Le moyeux moyen de Môssieur le Comte tiendra-t-il les cadences infernales que lui imposent de si puissantes cuisses ?

Nous le saurons lorsque le Père RV aura commit le prochain épisode, intitulé : " La dernière saine ".



1 Ndlr : Ah ! Je ne vous avais pas dit que la Cosette de secours se prénomme
Suzanne ?
Eh bien maintenant, c'est fait. Qu'on se le dise…

2 Ndlr : Souvenir de la retraite de Russie, durant laquelle le Comte s'est
illustré de façon magistrale en battant le record de vitesse de carapate sur
boue avec tout le barda, catégorie Alzeimer second stade. Pour votre culture,
il relia Leningrad à Vladivostok en 2 jours 5minutes et 39 dixièmes devant son
aide de camp (à 27 minutes quand même !).

3 Ndt : Il s'agit, chez les fiers ibères de ce qu'on nomme là-bas un " cuissard festina " .

4 Ndlr : " Tiens, c'est bizarre ça : il n'a pas pris le plus court chemin ! "

5 Note de Germaine du Fion-Restreint : " Oh que j'aime ces images poético-lubriques,
comme il sied à mon fondement de les ouïr, bien calée dans le velours épais de mon
canapé recouvert d'une bâche tous-temps ! "

6 Note du Père RV : Patent pending du Père RV.





FIN

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