Des sentiers en bonne santé

Une fois n'est pas coutume : Je vais vous parler d'un sujet sérieux. On se remettra à déconner dès le prochain dossier, c'est promis. Il s'agit du rôle que nous devons jouer dans la bonne santé des sentiers.

Depuis mars 2008, les Frappadingues se sont engagés auprès de l'équipe d'eco-sentiers.org, et je vous invite à visiter le blog de cette association dont le slogan est "Le VTT pour l'avenir des sentiers".

Je ne traiterai ici que d'un des nombreux aspects de cet engagement : l'entretien et la restauration des sentiers.


Nos sentiers sont en péril

Qu'ils soient négligés, maltraités, oubliés, condamnés ou vandalisés, les sentiers - dont beaucoup sont plusieurs fois centenaires - meurent les uns après les autres. Nous qui les utilisons pour notre plaisir leur devons en retour tout le soin et toute l'attention qu'ils méritent.

Parfois, hélas, on ne peut rien y faire - quand on se bat contre des élus, des propriétaires, ou des groupes de personnes ayant acquis du pouvoir par lobbying.

Mais bien souvent on peut faire quelque chose pour sauver des sentiers de la dégradation ou retarder leur disparition, simplement en étant vigilant, au prix de quelques efforts physiques. Ça en vaut la peine.

Les dégradations du temps

Scie de jardin et élagage de ronces à Opio.

Une végétation griffante et envahissante, un mur de soutènement qui s'écroule, un arbre que le vent fait choir au travers, une mare de boue stagnante qui se forme et s'élargit, une trace qui se meurt dans l'herbe, ou au contraire une coupe qui apparaît : ce sont les dégradations les plus courantes de nos sentiers.

Ce sont également les plus simples à réparer. Pas en termes d'efforts physiques, mais en simplicité de mise en oeuvre.

Conseils en vrac

Ne soyez pas que vététiste

Pensez à la place des autres usagers du sentier : ne vous limitez pas à la vision du vététiste. Pensez en randonneur, cavalier, promeneur, et même en animal sauvage.

N'aménagez pas d'obstacles destinés aux VTT si cela ne s'intègre pas dans le cadre, si c'est trop visible, si ça constitue un danger, ou si ça contraint les autres usagers à le contourner.

En revanche, dissuadez tous les usagers d'emprunter des coupes, notamment dans les épingles.

Ne fumez pas, ne brûlez pas les broussailles, ne les éparpillez pas non plus.

Outillage

Il n'est pas facile de se convaincre d'emporter partout à VTT des outils pour entretenir les sentiers.
C'est pourtant nécessaire, et comme nous ne sommes pas des fanas de la performance cross-country ni du micro-gramme économisé, nous sommes bien placés pour être les mieux outillés.

Liste d'objets à emporter :

Mes outils : un flacon de nettoyant-désinfectant pour les mains, une paire de gants à rosiers, un sécateur à levier, une scie de jardin, et occasionnellement le coupe-branches (ici démonté et escamoté)

Les détritus

Ramassez et emportez les pochons de supermarché, les bouteilles, les canettes, les emballages non-biodégradables.

Notez l'emplacement des décharges sauvages pour les signaler en mairie ou en gendarmerie. Le GPS peut être utile pour relever les coordonnées.

Prenez le temps d'enfiler des gants pour ne pas les toucher à main nues, et nettoyez vos mains avec du gel désinfectant.

La végétation

Apprenez à reconnaître les végétaux à préserver, par opposition à ceux qui n'ont aucune valeur et qu'on peut carrément déraciner : ronce, chiendent, chardons, aubépine, etc.

Déblayage d'arbres bouchant un sentier

Apprenez également à élaguer proprement et au bon endroit les branches qui gênent le passage ou qui sont déjà partiellement arrachées : préservez les branches hautes, ne laissez pas dépasser des bouts de branches basses, couper les branches mortes.

Pour la mauvaise herbe qui griffe, n'hésitez pas à nettoyer plus large que le chemin, à couper à raz de terre ou à déraciner : ça repousse toujours trop vite.

Les arbres trop vieux ou ayant poussé de travers sont rarement précieux, en revanche soignez les beaux arbres et faites attention à ne pas abîmer leurs racines en voulant enlever des ronces.

N'éparpillez pas les branches coupées : regroupez-les en un tas bien visible et proche d'une piste large pour que les services d'exploitation puissent les récupérer avant qu'elles ne sèchent et constituent un risque de départ de feu.

Les troncs qui barrent la trace

À moins de pouvoir emporter une tronçonneuse avec soi, la seule solution est de se mettre à plusieurs bien costauds, et de déplacer le tronc pour qu'il ne gêne plus le passage.

Si on ne peut vraiment pas déplacer un tronc, communiquez son emplacement aux services d'entretien ou aux propriétaires du lieu, en espérant qu'ils auront le temps et le matériel pour le retirer.

Les murets de soutènement écroulés

Certains murets exigeront de fixer entre elles les pierres au mortier. Il faudra alors emporter une cuvette, une truelle et de l'eau dans des sakaflotts. S'il n'existe pas de terre sablonneuse à proximité du muret, il faudra aussi emporter du sable.

Choisir du mortier traditionnel à la chaux blanche et mélanger dans la cuvette trois volumes de sable pour un volume de mortier. Mouiller jusqu'à obtenir un mélange pâteux (plus ou moins en fonction du type de pierre : sèche ou spongieuse), et jeter le mélange à la truelle sur les pierres du dessous avant de remplir une rangée.

Attention à ne pas mettre trop de mortier : il faut laisser quelques trous pour l'écoulement de l'eau.

De temps à autre, remblayer derrière le muret.

Une fois le travail terminé, passez une brosse métallique sur les pierres pour en retirer les coulures, et terminez par un coup de râteau sur le sentier pour le nettoyer.

Les défauts d'écoulement d'eau

Il arrive qu'un sentier soit pris dans toute sa largeur par un défaut d'écoulement des eaux de pluie. L'eau et la boue stagnent, même longtemps après les pluies, dans des flaques ou de larges ornières, rendant le passage difficile.

Tentez tout d'abord de trouver une pente descendante à proximité. Il faudra ensuite, à l'aide d'outils de terrassement (pelle, pioche, binette) creuser un écoulement vers cette pente.

Si le lieu le permet, créez en amont de la flaque des systèmes de drainage des eaux de ruissellement : des pierres plates, plantées le plus profondément possible dans le sol, et soutenues par d'autres pierres câlées immédiatement en aval. Pour cela il faudra creuser, remblayer, et tasser.

Si la flaque est vraiment au fond d'une cuvette, il faudra remplir la flaque à la pelle avec des cailloux, les plus gros au fond, de façon à la drainer.

Les "fausses traces" et les coupes

Les épingles coupées favorisent l'érosion par les précipitations. Il faut donc empêcher tous les usagers du sentier de couper les épingles.

Le plus simple est d'utiliser des pierres et des rondins de bois pour marquer la bonne trajectoire et empêcher d'emprunter la coupe.

Même principe pour les "fausses traces" qui induisent les promeneurs en erreur. Si besoin, rebalisez la bonne trace.

La disparition du balisage

Parfois la continuité du sentier n'est pas évidente : trop de traces, ou pas assez. C'est là qu'il faudra résoudre en priorité le défaut de balisage. Vous pourrez ensuite signaler le défaut de balisage à la fédération française de la randonnée pédestre (FFRandonnée), ou à l'autorité compétente pour ce sentier.

Pancarte manquante : si sa disparition est récente, elle ne doit pas être bien loin de son support d'origine. Tentez de la retrouver et de la fixer sur son support d'origine.

Autres cas : évitez de baliser à la peinture de couleur. Évitez également ce qui n'est pas biodégradable, comme la rubalise. Préférez des bandes de tissus découpés dans des chiffons, des cairns ou montjoie (tas de pierres en pyramide, bien connus des randonneurs), ou redessinez la trace en la bordant de blocs de pierre.

Ne déplacez pas les pierres qui sont durablement établies dans le sol, vous risqueriez de détruire l'habitat naturel des petits animaux et insectes des forêts.

Les conflits d'usage

C'est le sujet qui fâche. Mais il faut bien l'aborder.

Le délicat problème des chasseurs

Mettons-nous un instant dans la peau d'un chasseur.

Pour chasser, il faut éloigner les promeneurs, les cavaliers, les randonneurs et les vététistes. Sinon le gibier repère l'odeur et le bruit du prédateur, et le chasseur manque sa cible.

De plus, les chasseurs doivent redoubler d'attention pour ne pas dégommer un être humain (ça crée des ennuis, et ça peut aller jusqu'au retrait du permis de chasse).

On comprend donc pourquoi il est si difficile de cohabiter entre chasseurs et autres hôtes des forêts - animaux compris.

Qui que vous soyez, les chasseurs n'aiment pas vous voir sur leur terrain de chasse, et donc ne vous aiment pas. C'est inconciliable.

Soyez en conscients lorsque vous vous trouvez face à un poivrot armé de gros calibre : mieux vaut éviter de laisser la conversation s'envenimer. Si la mine du chasseur que vous croisez est carrément antipathique, évitez tout contact et faites comme si vous n'aviez rien vu - même si votre conscience vous pousse à prendre la défense des animaux et des sentiers.

Il vous suffira de revenir plus tard - voire après la saison de la chasse - pour réparer les dégâts.

Durant toute la période d'ouverture de la chasse, méfiez-vous de tout : les planches cloutés dissimulées sous les feuilles, les fils de fer barbelés tendus à hauteur de gorge, le verre cassé recouvert de brindilles, etc. Et surtout n'essayez pas de vous venger : c'est inutile, dangereux, et moralement indéfendable.

Votre Jurbise vous le voulez avez ou sans voie Nisole ? Par Roudou

La voie Nisole à Jurbise, dans le province de Hainaut

Les agriculteurs et le labourage

Les chemins vicinaux et servitudes qui traversent les parcelles cultivées n'apparaissent pas sur les plans cadastraux - pour les voir, il faut consulter un cadastre ou un répertoire des voies publiques.

Mais beaucoup d'agriculteurs considèrent ces chemins comme un manque à gagner sur leur surface cultivable et une perte de temps pour les contourner. Il est en effet bien plus pratique de labourer et semer en une seule fois toute la parcelle.

Une fois le labourage terminé, il est cependant de coutume que le cultivateur retrace le sentier. Un ou deux aller-retour avec le tracteur suffit à contenter tout le monde. Hélas cette coutume se perd, et le champ reste en l'état, tout retourné.

Passée la mauvaise surprise de tomber sur un champ labouré en lieu et place du chemin, la plupart du temps il suffit de quelques semaines pour que les usagers - pour peu qu'ils n'en soient pas dissuadés par la boue et les mottes de terre - retracent naturellement le chemin au gré de leur passage.

Généralement, cela fait partie d'un compromis tacite - le cultivateur laboure le chemin, et les usagers continuent à l'emprunter - et ça ne va pas plus loin. Il est inutile pour si peu de déterrer la hache de guerre, ce serait jouer avec le feu.

Car il arrive que la situation se dégrade, que l'agriculteur considère le passage de piétons et vélos comme une atteinte à ses semences et à sa propriété, et qu'il aille jusqu'à poser des pièges - par exemple des pointes dirigées vers le haut, prêtes à se planter sous les pneus des bicyclettes, les bottines des randonneurs, et les sabots des chevaux.

Dans ce cas, prenez rendez-vous en mairie pour signaler la présence des pièges et vous renseigner sur le caractère privé ou public de la voie. En cas d'échec, montez d'un cran : canton, département...

Ne vous fiez surtout pas aux panneaux apposés sur le terrain, mais uniquement au le plan cadastral consacré aux voies publiques sur la commune.

Enfin, si un garde privé vous ordonne méchamment de déguerpir d'un chemin qu'il affirme être privé, vous êtes en droit de lui demander le contrat de travail qui le lie au propriétaire (s'il n'en a pas, c'est illégal, et il a intérêt à la boucler), ainsi que le plan cadastral complet mentionnant les voies publiques (rappel : tous les plans cadastraux ne l

es mentionnent pas).

Évidemment, mieux vaut éviter d'en arriver là...

Chapitre inspiré par l'article de Roudou sur le sujet

L'industrie du bâtiment et les terrains privés

En France, depuis Colbert, puis les plans de reboisement du Second Empire, nous suivons une politique de gestion durable des forêts. Ainsi, chaque parcelle déboisée doit être compensée par des plantations. C'est plutôt une bonne chose, mais ça ne résout pas tous les problèmes que pose l'urbanisation - galopante dans certaines régions.

Tout mètre carré de terrain représentant de gros sous, les sentiers sont convertis sans arrière-pensées et terrains à bâtir.

Nul besoin de déboiser pour condamner un sentier : il suffit donc d'en condamner l'une des extrémités et plus personne ne pourra plus l'emprunter que pour rencontrer une clôture, une barrière ou un panneau de défense d'entrer.

Parfois, on peut contourner l'obstacle et refaire un sentier - mais parfois on ne peut pas : de nouveaux terrains clôturés au touche-touche sur une large bande, encadrés de zones impraticables, et c'en est terminé du beau sentier.

Hélas, une fois le permis de construire signé, il est trop tard pour s'y opposer - d'autant plus que face à l'argument financiers, quelques cyclistes ne pèsent pas lourd.

Quant à construire de toutes pièces un sentier de contournement, c'est un travail très laborieux, souvent interdit, et qui peut aboutir sur le chagrin et la désillusion de voir son nouveau chemin rendu inutile par de nouvelles parcelles à bâtir.

Le vandalisme

Il y a aussi le vandalisme bête et méchant, celui pour lequel on ne voit pas qui ce sentier peut bien gêner. Pourtant, quelqu'un vient systématiquement profaner le sentier que vous bichonnez.

Bien souvent, le vandalisme est un moyen de dissuader les usagers d'emprunter le sentier. Cherchez donc dans les populations précédemment citées dans ce paragraphe les probables auteurs de ces déprédations, cela vous permettra peut-être de les surprendre en plein méfait et de les confondre afin qu'ils ne recommencent plus.

En attendant, ne vous laissez pas décourager : déblayez les branchages et les pierres, recoupez proprement ce qui a été arraché, réparez le balisage comme vu plus haut.

Texte : Serge

Dessin : Roudou

Photos : Bourriquet, Serge, Roudou