Dans la maintenant célèbre série j'ai testé pour vous un épisode que vous attendiez tous, votre nombreux courrier est là pour le prouver :

Voyage au pays de l'isostarte

ou "Le testing team s'amuse"
(Sans rapport aucun avec la croisière du même nom. Ndt.)
Euh ! Là, j'étais pas encore arrivé : ils m'attendaient sagement Évidemment, au premier abord, ça surprendra un peu le quidam !

Rendez-vous compte, tester des barres énergétiques un dimanche matin en forêt de Rambouillet avec le Cannondale's Testing Team. Le rêve de tout biker normalement constitué devenu réalité...

Prévenu la veille par un e-mail anonyme, signé d'un ami prétendant ne me vouloir que du bien, j'arrivais à l'aube au point de ralliement, histoire de ne pas figurer au rang des honteux retardataires.

Prévoyant, j'avais emporté un flacon d'Isostarte goût oseille afin d'être certain de ne pas défaillir face aux efforts que demandent ce genre d'épreuve.

Une petite gorgée avant de garer l'auto à la place réservée de l'hôtel.
"Tiens, j'avais souvenir d'une autre saveur ???"

Après cinq enjambées, je rejoins la clairière, théâtre d'événements pour sûr grandioses.

* * *

Tout le monde était déjà à pied d'œuvre, qui en train de lire les emballages cellophane pour vérifier qu'il n'y a pas de plomb dedans, qui à balayer le single-track pressenti pour mettre à l'épreuve la rigidité des noisettes, qui, enfin, à emplir des gourdes en peau de chamois avec des breuvages énergétiques savamment élaborés dans les laboratoires clandestins du Pérou.

Outre les mécaniciens, le concierge, les cireurs de sandales, la fleuriste, les cameramen et le nain de jardin, il y avait là, sagement assis en rang d'oignon (bonjour l'odeur, après le café avalé vite fait, au saut du lit) les honorables membres d'une bien hétéroclite assemblée, qu'on en juge :

La séduisante Alison Sydor, en grande conversation avec Alla Epifanova et Annabella Stropparo :
- Et comme marque de soutien gorge, tu prends quoi, toi ?
- Oh ? Je ne fais confiance qu'à mon homo et n'ai jamais été déçue. Ça, non ! En plus, ils me font des prix à condition que je pose dans des pubs en train de déguster un plat de nouilles, assise sur un âne peint en mauve, derrière un sapin.
- Tiens, c'est amusant, moi ils m'ont demandé de me pavaner en manteau d'esquimaude et culotte de satin pour promouvoir le dernier modèle de lave-vaisselle ! Dire que je ne sais même pas la faire, la vaisselle : à la maison, au Portugal, on a toujours mangé avec les doigts, dans des assiettes en carton !

Anne-Caro comparait le diamètre de ses poignets avec son collègue de la descente masculine, Brian Lopes.

Cadel Evans, Cedric Gracia, Christophe Sausser et Johann Engstrom échangeaient des recettes de cuisine et parlaient chiffon pour se déstresser, comme avant chaque compétition d'importance.

Enfin, Tinker Juarez, un peu à l'écart, avait trouvé des rails de chemin de fer et, en y collant son oreille droite, écoutait si le train allait bientôt arriver.

* * *

- Salut la compagnie !

Le son suraigu de ma voix de contralto fit taire tout ce petit monde et les regards convergèrent brutalement dans ma direction. Silence gêné de toutes parts.

In petto, je flairais quelque chose d'anormal ayant trait à ma physionomie :

"Mince, qu'est-ce qui ne va pas ?
J'aurais donc oublié quelque chose ?
Pourtant, j'ai bien pris mes pantoufles et mon sac à main, comme l'a préconisé l'attaché de presse...
Ils me dévisagent tous comme si j'avais les yeux rouges ???"

Dans un éclair de lucidité, je devinais immédiatement l'origine du malaise. Mal coiffé, j'avais oublié le bonnet de nuit, protection indispensable en pareille situation.

Gentiment, le costumiste accouru me sauver du déshonneur par un prêt de l'accessoire défaillant. J'étais fin prêt pour une matinée inoubliable, dans un cadre splendide, avec les meilleurs compagnons de jeux que l'on puisse espérer.

* * *

Après trois brefs coups de sifflet, chacun se mit en file indienne devant le DTN afin d'opposer le moins de résistance possible au vent d'est.

La composition des groupuscules fut votée à main levée et après un bref conciliabule, les affaires sérieuses pouvaient commencer.

Je me retrouvais en galante compagnie, avec pour partenaires Alla, Tinker l'indien et Anne-Caro.
Nous fûmes d'abord, désignés pour évaluer les capacités de résistance d'un lot de barres chocolatées.

Tinker, en vieux briscard, se précipite sur une Nuts full suspendue aux noisettes. L'expérience ressort immédiatement et l'indien se met de suite en danseuse. Son tutu rose vole délicatement au vent, laissant parfois apercevoir ses dessous Dim Compet' à protection seize pans anti-scoumoune(r).
Après à peine quelques instants d'une lutte acharnée, le papier est déchiré puis méthodiquement broyé à l'aide d'une pince spd. La barre est mise à nu tel l'Adam de l'histoire.
En quelques entrechats parfaitement mesurés, Tinker se rend maître de la situation pour finir assis sur la malheureuse portion cacaotée, déjà à demi-fondue.

Quelle self-control !

Ce type est vraiment un sacré professionnel !

Victoire éclatante : rien à redire. 1 à 0.

Encouragée par ce premier succès, Anne-Caro s'empare sans tarder d'un modèle très rare, pas importé en France, la "Polaire-Barre parfum ail".

Un hop, deux ou trois freinages biens sentis. Des gouttes de sueur perlent à son front juvénile.

L'assistance, surtout les mécanos, est hors d'alen.

Elle se bat sans faiblir et on la sent facile : elle passe propre là où les autres maintiennent à peine leur équilibre frôlant la catastrophe au moindre grain de riz croustillant.

Finalement la ligne bleu des Vosges est franchie, les bras levés en signe de victoire. On en serait presque déçu tellement pour elle tout paraît facile.

Verdict du chrono : 2,3 dixièmes, record battu. Délire dans le campement !

* * *

Bien que rompu depuis de longues années à toutes les pratiques les plus exigeantes, la pression commence sérieusement à se faire sentir et je perçois déjà une moiteur au plus intime de mon intestin grêle.

C'est le tour d'Alla. Tout le monde fait maintenant cercle autour de la jeune et jolie russe et de l'acclamer aux cris de "Alla est grande ! Bénie soit la vodka !".

Enthousiasmée par tant d'encouragements sincères, la championne s'élance à son tour. Palliant l'expérience par la russe, ou plutôt la ruse, elle se précipite vers la souche d'un vieux chêne où gît l'avant-dernier paquet à tester. Elle s'est bien échauffée dans la tente du manager avec un gavoir pour les oies à rouleaux, l'assurance suinte du moindre de ses pores.

Départ de biais. Relance. ça va, elle tient le coup. La côte du rat mouillé approche, c'est là qu'elle devrait porter une attaque décisive.

Sur les écrans géants qui retransmettent l'épreuve, on la voit têter des goulées avides dans son cmalebaque. La vodka à l'herbe de bidon va faire effet dans peu de temps. Si son calcul s'avère exact, ce sera pour dans 30 secondes.

Et puis, tout bascule dans l'horreur : Malédiction, sa tronçonneuse vient de dérailler. Les dés étaient pipés.

Consternation dans l'assistance. Le manager s'arrache les cils en signe de dépit. Alla trace du bout du pied, dans le sable, l'esquisse d'un bonhomme de neige...

Alla rentre penaude, couverte de gluant caramel, les yeux injectés de praliné, et file directement se reposer dans sa roulotte, dédaignant du même coup les interviews des journalistes présents.

* * *

Le suspense est à son comble. Il ne reste qu'une chance infime de remporter le challenge du nombril et c'est sur mes frêles épaules que reposent tous les espoirs de la marque au cadre d'alu.

Quelques respirations sublinguales pour se calmer. Je m'isole du reste de ce monde cruel en pensant à une blanquette de veau amoureusement mitonnée un jeudi midi.

Ca y est. Je suis prêt. Mes chacras alignés en sinusoïde selon une séquence préalablement établie. Je fixe mon regard de feu vers la souche sur laquelle s'ébat, inconsciente du danger, la dernière barre chocolatée.

Un saut surnaturel et je chevauche ma proie, surprise par tant d'ardeur. Il faut dire que j'ai mis mes bottes secrètes, celles avec le sigle RPR (Repère des Pieux Ragondins. Ndlr) et que cela me procure un avantage très net.

Dès qu'elle s'en rend compte, babarre marque un bref temps d'arrêt dont je profite pour la retourner le dessus dessous sans ménagement. L'ivresse de la victoire me rend guilleret. D'un rire sarcastique, je paralyse irrémédiablement mon ennemie et peut, à mon tour sentir l'odeur âcre de son souffle tiède sur ma peau satinée.

Ah ! Goût amer d'une victoire trop facilement remportée et cependant tellement méritée !

Le Team au grand complet reste muet de respect. D'une démarche volontairement nonchalente, je regagne mon paddock, fendant la foule admirative, fourbu, vidé, encore pantelant après l'effort.

Demain, la presse va pouvoir faire ses choux gras de cette matinée aux multiples rebondissements.

* * *

- Ho ! Tu m'entends ?
Alleeeeez, réveilles-toi bon sang, tu vas louper ton train !
Ca fait un quart d'heure que je te secoue comme un prunier !
En plus, les gosses n'ont pas d'école ce matin, je pensais faire la grasse matinée et tu m'as réveillée en poussant des cris de porcelet qu'on égorge !
T'es vraiment surmené, mon pauvre mari. Il est temps de prendre des vacances !
- Hein ? Quoi ? Ah oui, ça m'revient, maintenant. C'est à cause des frappadingues qui sont venus hier soir goûter ma nouvelle livraison d'Orval. Et pour frimer, j'ai mélangé ma bière avec de l'Isostart qui me restait dans le camelback.
Y devait pas être frais, c'est donc ça...

Ouille Ouille Ouille, c'que j'ai mal aux ch'veux !

* * *

© 1999 - RV "Crâne en plomb, ce matin"