Cybertests de VTT "made in supermarchés"
Par Hervé Klein

Ce mois-ci, dans la série "j'ai testé pour vous", l'essai d'un modèle d'exception : le grandiose "ExtaZZ Voyagaire Pro Limited" qui est proposé à toutes les bourses plates pour la modique somme de 499 ff (76,07 Euros)...

Avant de m'atteler à ce prenant labeur, il m'a bien fallu jeter mon dévolu sur un modèle représentatif du savoir-faire des ingénieurs de l'honorable maison "".

Bien sur, j'ai été bien tenté de choisir le " STONE CRUISER" (voyageur défoncé ?), le " Taupe bique (tiens, ceux-là ils font dans la zoophilie) voire encore le " RADICELLE PLUCHE" (spécial descente pro)...

Mais, soupe au lait comme vous me connaissez, je n'aime pas me faire acheter par une marque pour dire du bien de ses produits sous prétexte de l'influence énorme dont je bénéficie auprès des jeunes.

Alors je me suis fâché et ai refusé en bloc le séjour à l'oeil dans un paradis tropical, les centaines d'Euros en petites coupures, le prêt gratuit et illimité pour mon fils d'un modèle "DERATISEUR PRO TENDEM 20'1/4", les faveurs de 36 petites pépées toutes acquises à ma cause,
et bien d'autres choses toutes plus alléchantes les unes que les autres.

Je passerai sous silence les propositions plus louches encore, telles qu'une après-midi sous la table de la responsable des annonces vocales à la Superette de la ZI de Lamotte-Beuvron (je suis allergique à la poussière) ou la possibilité louer les services de petits albanais pour déminer mon jardin de la banlieue de Verdun.

Je ne suis pas à vendre, Messieurs les constructeurs, que cela soit bien clair : je suis entièrement dévoué à la cause de mes lecteurs chéris.

Ainsi, je ne cacherai aucun vice caché, je ne dissimulerai pas la moindre fêlure et n'hésiterai jamais à dire haut et fort ce que d'autres pensent bas et ... tout bas.

C'est donc par un joli matin de printemps, que le facteur sonna (toujours 2 fois) à la grille du château. Le temps d'accourir, je saluais le digne représentant de la noble administration des Pets été, qui pliait sous un imposant fardeau :

- Eh bien, mon brave, que me vaut l'heur de votre si subite et matinale visite ?
- Oumf ! Un colis pour le Vicomte du Claouis-Survolté. Oumf !
- c'est moi, en effet, mais quelle est donc cette ignoble remugle issu d'un mélange habile de "carré de vigne" et de "sueur du travailleur le soir à la correspondance Barbès-Auberviliers" ?
- Oumf ! je ne sens rien, moi ! Oumf ! Mais dépêchez-vous, c'est lourd !
- Bien, suivez-moi, mon brave. Vous déposerez ce paquet près de la grange que vous distinguez derrière cette colline et irez vous faire rincer le gosier à l'office.

Dans la matinée, j'entrepris de vérifier que le modèle envoyé correspondait bien à mes désirs les plus fous. Après avoir déballé 158 petits paquets des couches de papier-bulle, je disposais sur une vielle nappe aux festons de dentelle les différents éléments constitutifs d'un vtt "ExtaZZ Voyagaire Pro Limited" (499 ff, 76,07 Euros) accompagné d'une notice de montage signée Hic & Ha, gage de qualité et de montage sans histoire, pourvu que l'aggloméré n'ait pas souffert.

Deux jours plus tard, le résultat de longues heures d'acharnement thérapeutique, bien aidé, il faut dire, par une clé à molette à maniement micrométrique, se présentait sous son plus auguste visage, resplendissant sous le doux soleil d'automne.

Dans le parc paysager, aux massifs d'arbustes délicatement dessinés par Le Mien, les petits oiseaux gazouillaient gaiement, comme si de rien n'était.

J'entrepris de chausser mes lunettes à verre grossissant, mon casque et de rider cette fierté de la technologie moderne.

Autant vous le dire tout de suite, jamais, au grand jamais vous ne trouverez mieux que ce cycle. Ce vtt est UNIQUE dans toute la création, sinon dans tout l'univers, j'ose l'affirmer, Oh effort!

Ainsi, les concepteurs de l'architecture de ce cadre ont poussé la qualité de détail jusqu'à faire des modèles tous différents, grâce un procédé inédit : la définition aléatoire des angles de direction et du tube de selle. C'est également par ce même artifice que les bases sont asymétriques dans leur longueur, c'est déjà rare, mais aussi par leur point d'attache avec le tube de direction, et cela, personne ne l'avait tenté jusqu'à maintenant...

De cette façon, chacun est certain de posséder un exemplaire unique et obligatoirement adapté à chaque morphologie : rusé...

Ah ! J'allais oublier, le cadre est constitué d'un aliage tout nouveau baptisé "Toub iffri" en 3c509 PCI : la certitude d'un rendement élevé sous la mère et d'une frigidité à la hauteur des esquimaudes les plus arctiques... Même Leroy-Merlin n'en a pas de pareil à son catalogue, mais shut, c'est secret des tas !

Rien que ces caractéristiques démontrent avec quel talent les ingénieurs de savent trouver les réponses justes à des problèmes complexes !

L'équipement est bien sur à la hauteur des ambitions et rien ne manque :

Quelle richesse !
Quel intuition pour allier les composants les plus ailleteques avec un groupe très homogène !

En ce qui concerne le comportement, alors là, c'est le délire le plus total...
Les suspensions font corps avec le sol, au point qu'on va presque plus vite en poussant à côté. Plus de risque de voir l'avant se soulever à la moindre côte un peu technique : il est soudé à la roche.

Terminé la tôle ondulée qui dévisse tous les écrous : tous les accessoires sont soudés au à l'argot sur le cadre.

La rigidité est remarquable, au point que les single-tracks sont avalés avec le dos de la cuiller, sans même avoir à se soucier des virages.

Grâce à un train roulant de haute qualité, apprendre le bunny hop devient un jeu à la porté du premier débile mental : il suffit de rouler sur du plat et les faux ronds font immédiatement décoller la roue arrière d'abord, puis la roue avant !

Enfin, j'ai pu me lâcher en descente à bord de cet avion (appelons les choses par leur nom), un vrai régal dans les bosses négociées "à la hyppo", les virages relevés ne le sont que plus par le biais du jeu de direction Harissa 4.2 à roulements mono-bille. Vouilloz n'a plus qu'à bien se tenir !

Un seul regret (vous voyez bien que je n'hésite pas à critiquer !) le tube de selle carré a des arrêtes un peu vives et j'ai dû changer trois fois de cuissard car, au passage près du pensionnat de jeunes filles, les nonnes ont commencé à me poursuivre en criaillant comme une basse-cour et je n'ai dû la probité de ma réputation qu'à des mollets d'athlète et... à ce vélo hors du commun.
Mais ce n'est rien...
Surtout pour les célibataires en mal de jeunesse à se mettre sous la dent...

Les autres, munissez-vous d'une bonne paire de cuissardes de pêche qui remontent très haut (la couleur que je préfère est le beau vert foncé profond, avec les dessins d'écrevisses roses et les étoiles de mer stylisées. Mais il en existe aussi dans un joli camaïeux de mauve et je crois même en avoir aperçu dans le catalogue des Trois Cuisses qui sont faites au crochet, un très fin point du Puy, couleur patchwork :-)

Alors, y'a le choix !

Mais, là n'est pas notre propos d'aujourd'hui, je vous promets un prochain article sur les avantages du cuissard de laine tricoté au point de croix.

Vous l'aurez compris depuis longtemps, c'est tout simplement un vtt d'exception qu'il ma été donné d'essayer pour vous. Il est rando-raidi, compette-raidi, boulangerie-raidi, descente-raidi, frire-ail-raidi, raidi-raidi. Bref, ce vtt est pour vous.

Je vous parie que d'ici la fin de l'année, vous verrez ce proto sur la plus haute marche des podiums en croupe du monde.

La semaine prochaine, j'essayerai pour vous un nouveau modèle de selle avec des étriers, comme celle (justement) du champion olympique 95 d'équitation, mais, shhut, ne dévoilons pas tout à nos confrères avides de scoups !

RV "Testing Team à lui tout seul"
(12/04/1999)

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